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    Une noix pour sauver la forêt

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2004 
     

    Photo : Photodisc 

    En Bolivie, un groupe de sociétés dynamiques a survécu à l'effondrement du secteur du caoutchouc en récoltant et transformant les noix du Brésil. En tant que produit d'exportation phare de la région amazonienne, cette modeste noix constitue peut-être la solution pour sauver la forêt pluviale. L'assistance du CCI relative à la gestion de la qualité a soutenu les exportateurs, dans le cadre d'un projet conçu pour stimuler les exportations boliviennes dans dix secteurs d'activité.

    Au nord de la Bolivie, les zones rurales voisines des villes de Riberalta et de Cobija bénéficient de la récolte et de la transformation des noix du Brésil. Cette activité croissante contribue à sauver la forêt pluviale tout en donnant du travail à des milliers de personnes, leur permettant, ainsi qu'à leurs familles, de sortir de la pauvreté.
     Ces communautés dépendaient tradition- nellement de l'extraction du caoutchouc sauvage pour leur survie, une activité peu à peu devancée, dans les années 1970, par la domination du marché par l'Asie du Sud et l'introduction des substituts synthétiques. Cette crise économique a terrassé la région et ses habitants. Pourtant, ils se sont relevés et ont trouvé un nouveau produit porteur d'espoir: les noix du Brésil.

    En 2003, ces noix représentaient une valeur totale sur le marché de US$ 48 millions et constituaient l'exportation majeure de cette région amazonienne, une zone de 100 000 km2, soit plus de deux fois la Suisse. Environ 28 000 familles dépendent directement de cette industrie qui génère, directement ou indirectement, jusqu'à 100 000 emplois.

    Les noix du Brésil sont produites principalement par la Bolivie, qui contrôle 80% du marché. Les autres producteurs sont le Brésil et le Pérou. Les noix croissent dans la région frontière de ces trois pays.

    La déforestation menace cette industrie

    Pourtant, les noix du Brésil constituent un combat difficile. Elles ne croissent que sauvages, à raison d'un à trois arbres de grande taille par hectare. Il faut attendre que ces arbres atteignent l'âge de 40 ans pour qu'ils deviennent matures et donnent des noix.. La forêt pluviale amazonienne est systématiquement détruite par des paysans désespérés, avides d'arracher un moyen de subsistance du sol et qui brûlent sans discrimination des portions de forêts pour les cultiver. Une fois les cultures récoltées, ils se déplacent vers d'autres lieux où cette destruction recommence. Cela menace tant le fragile écosystème de l'Amazonie que les activités liées aux noix du Brésil, puisque ces arbres ne peuvent pas être cultivés.

    Un contrôle des maladies exigeant

    Dans l'étape qui suit la récolte, les noix sont vulnérables à l'aflatoxine, une moisissure très difficile à contrôler due au taux élevé d'humidité de la forêt au moment de la cueillette.

    Les entrepreneurs brésiliens ont été particulièrement affectés par une réglementation de 1998 de l'Union européenne (UE) sur le niveau d'aflatoxine dans les noix, qui limitait sa présence à 4 parts par milliard, comparé à 20 parts par milliard admises par l'Australie et les États-Unis.

    Comme l'UE représente environ 50% du marché, les entrepreneurs ont décidé d'agir. Avec la Chambre d'exportation du Nord-Est, ils ont mis sur pied le Centre de formation et de qualité pour le nord de la Bolivie, avec un laboratoire à Riberalta destiné à contrôler les conditions sanitaires et hygiéniques, et un à Cobija consacré au contrôle de la qualité. Toutefois, le manque d'expertise a entravé les progrès.

    Des effets mesurables

    Un projet du CCI, lancé en 2001 avec le soutien du Secrétariat d'État à l'économie (seco) de la Suisse, s'adressait aux 20 compagnies de la région. Il a débouché sur la création du Centre de formation et de la qualité, qui analyse les envois exportés pour en vérifier la conformité avec les exigences de sécurité alimentaire, augmentant ainsi l'avantage concurrentiel de ce secteur. Il propose un forum pour la formation dans des domaines tels que la qualité du produit, le contrôle des maladies et la surveillance des tendances du marché. Le bâtiment où se déroulent ces activités offre aussi des installations pour la pratique du sport ou d'activités sociales, comme un terrain de football et un théâtre, ce qui comble un vide au sein de la communauté locale.

    Cette assistance technique a permis aux entreprises d'améliorer leurs méthodes d'emballage à l'exportation, de favoriser des liens sur les marchés et de mettre en place des systèmes d'analyse des risques et des points de contrôle critiques. Les incidences sur le secteur ont été mesurables: en 2003, les exportations ont atteints 16,3 millions de kilos, par rapport à 7,25 millions en 1995.

    Les améliorations au niveau de l'hygiène, des conditions de travail et de la viabilité à long terme ont incité les 15 compagnies restantes à demander que l'aide du CCI leur parvienne aussi. «La formation, les bonnes conditions de travail et le contrôle de la qualité favorisent un rapide retour d'investissement», conclut M. Wilfredo Jurado, Conseiller technique responsable du projet en Bolivie.

    «Investir dans le contrôle de la qualité et la certification a montré que, plus qu'un argument de vente, c'est aussi une nécessité pour accéder aux marchés étrangers. Et de meilleures méthodes d'emballage ont diminué les coûts et les pertes durant le transport, améliorant du coup les rapports avec les acheteurs», explique-t-il.

    «Ce projet a renforcé les capacités de la région pour affronter l'évolution de l'environnement économique tout en offrant des emplois sérieux pour sa population, avance M. Eric Alvarez Gurza, Chef du Bureau pour l'Asie et le Pacifique, l'Amérique latine et les Caraïbes de la Division de la coordination de la coopération technique du CCI. C'est prometteur pour le secteur d'exportation des noix du Brésil et, à mesure qu'il croît, on peut espérer que les paysans n'auront plus besoin de brûler les forêts.»

    Dynamiser les exportations en Bolivie

    D'autres entreprises boliviennes également font une percée sur le marché mondial dans le cadre du projet du CCI.

    Ce projet, lancé en 2001, fut le résultat d'une évaluation préalable des besoins effectuée par le CCI en collaboration avec le Ministère de l'industrie, du commerce et des exportations de la Bolivie, de l'Organisation bolivienne de promotion du commerce, de l'Institut bolivien du commerce extérieur et de la Chambre de l'exportation de Santa Cruz. Dans le dessein d'accroître et de diversifier les exportations, le projet a choisi dix secteurs caractéristiques de produits non traditionnels dotés d'un potentiel sur des marchés de niche dans le monde: le quinoa, la noix du Brésil, les textiles et vêtements en coton, les textiles et vêtements en poil de camélidés, les produits biologiques, les produits en bois et en cuir, les haricots, la bijouterie en or et en argent, et les vins de haute altitude.

    Les entreprises sélectionnées pour le projet se situent dans différentes zones géographiques, sont déjà exportatrices, possèdent des produits ayant un fort potentiel d'exportation et produisent un type de biens à valeur ajoutée avec lesquels le CCI a déjà de l'expérience.

    «Les produits présentaient un potentiel, mais il fallait les soutenir pour qu'ils correspondent aux exigences des marchés internationaux, explique M. Pablo Lo Moro, Administrateur en promotion commerciale du CCI pour l'Asie et le Pacifique, l'Amérique latine et les Caraïbes. Le projet a aidé les entreprises qui les fabriquaient à poursuivre sur cette voie.»

    Le projet mettait en présence un échantillon de partenaires, parmi lesquels des entreprises, des organes gouvernementaux, des associations commerciales, des instituts de normes et des institutions éducatives. Pour parvenir dans les zones les plus reculées de la Bolivie, le projet a ciblé sept des neuf régions du pays: La Paz, Cochabamba, Santa Cruz, Tarija, Oruro, Beni-Pando et Cobija.
     



      Une attention aux détails et une qualité constante constituent un souci impératif pour les exportateurs boliviens qui visent les chaînes d'approvisionnement internationales. La gestion de la qualité commence avec l'inspection à toutes les étapes du processus de production. Ici, Ingrid Vargas, Directrice de production de San Agustín, une firme bolivienne, contrôle les produits finis destinés à l'exportation. (Photo : CCI) 


     
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