•  home fr
  •  

    'L'effet fille'

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1/2009

    Copie d'écran - www.thegirleffect.org

    Il est ressorti du Forum économique mondial de janvier à Davos qu'investir dans les jeunes femmes est au coeur du développement et de la prospérité à long terme.


    En temps de crise économique, les femmes sont particulièrement vulnérables - elles sont plus exposées au risque de licenciement et, dans de nombreux pays en développement, les filles sont déscolarisées pour contribuer aux activités ménagères. Pourtant, paradoxalement, elles sont le meilleur atout du développement des économies locales, comme il est ressorti du Forum économique mondial de Davos en janvier.

    L'idée selon laquelle les jeunes femmes détiennent la clé de la relance économique est appelée 'l'effet fille', en référence à la campagne de la Fondation Nike (www. thegirleffect.org). En résumé, il est prouvé que les travailleuses perçoivent un salaire proportionnel à la durée de leur scolarité; qu'elles réinvestissent davantage que les hommes leur salaire dans la famille; et que leurs enfants sont en meilleure santé et mieux éduqués.

    Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de la Banque mondiale à Washington DC, a déclaré lors du Forum: 'Investir dans les femmes est judicieux économiquement parlant. Investir dans les filles - en amont - l'est encore plus'. D'après son expérience, investir dans les filles aura une incidence forte sur les objectifs du Millénaire pour le développement et permettra de résoudre divers problèmes liés à la pauvreté, à la population, au bien-être de la famille et au changement climatique.

    Les participants à la session se sont accordés pour reconnaître que l'accès des femmes aux droits élémentaires améliorera considérablement leur propre condition et celle de leur famille, et surtout, affectera positivement l'économie mondiale. Pour maximiser cet effet, les gouvernements doivent instaurer des mesures de protection légale rigoureuses et le droit des femmes à la propriété - base essentielle du développement des entreprises - ainsi que des programmes sur la santé et l'éducation ciblant spécifiquement les femmes et les filles.

    Mari Pangestu, Ministre indonésienne du commerce, a décrit la façon dont les femmes de pouvoir s'érigent en modèles dans la société et jouent un rôle clé dans l'évolution des normes culturelles - qui cantonnent les femmes à leur rôle d'épouse et de mère. Elle a souligné leur importance dans la prise de décisions et précisé qu'elles ne font pas les mêmes choix que les hommes: lorsqu'elles accèdent à des postes influents au plan local, 'elles préfèrent amener l'eau potable qu'une antenne parabolique dans le village… Si les décisions liées à la reconstruction sont aux seules mains des hommes, ils ne privilégieront pas les décisions profitant aux femmes ayant perdu leur emploi'.

    Muhammad Yunus, prix Nobel d'économie, a souscrit aux propos de Mme Pangestu sur le droit des femmes à la propriété. Il a créé la Banque Grameen au Bangladesh dans le but d'accorder des prêts d'un faible montant aux femmes qui, sans titres fonciers ou autres formes de garantie, sont incapables de créer ou de développer une entreprise. Récemment la banque a introduit des incitations permettant d'établir le titre de propriété au nom des femmes. Il a mentionné qu'au départ, elles ont suscité des craintes quant à l'influence à la hausse de l'indépendance financière des femmes sur les taux de divorce. C'est tout le contraire qui se produit: la banque a constaté que les hommes sont moins prompts à se séparer d'une femme détentrice du titre de propriété du logement familial.

    Le degré d'alphabétisation est un facteur clé du développement des entreprises et la question de l'éducation, thème central du débat, a été abordée par tous les participants. Okonjo-Iweala a déclaré que '70% des enfants retirés du système scolaire sont des filles. Il est primordial pour le bien-être de la famille, du pays et de la planète que les filles soient placées au centre de l'éducation'. Mme Pangestu a déclaré que les gouvernements doivent s'assurer que les filles ne sont pas déscolarisées, notamment en période de crise. Elle a ajouté qu'il faut instaurer des incitations spécifiques, telles que le programme mexicain d'aide conditionnelle en nature qui exige 'le maintien des filles dans le système scolaire'.

    Selon Muhammad Yunus et Melinda French Gates, co-Présidente de la Fondation Bill and Melinda Gates, États-Unis, les services de santé et l'éducation sanitaire spécifiquement adaptés aux besoins des femmes et des jeunes filles auront également un impact important. Mme Gates a expliqué la façon dont ces services doivent prendre en compte les besoins locaux, notamment dans les régions rurales où les femmes sont souvent exclues des structures médicales. L'information sur la santé et le planning familial doivent cibler les fillettes d'à peine 10 ans, afin de prévenir la mortalité maternelle et d'améliorer la santé des nouveaux-nés. 'Notre société évolue' a-t-elle déclaré. 'Il faut transmettre l'information aux jeunes filles plus précocement. Si nous y parvenons, nous pourrons caresser l'espoir qu'elles sauront se protéger et planifier la naissance de leurs enfants.'

    Ann M. Veneman, Directrice générale du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) va plus loin: 'Partout dans le monde, des femmes et des jeunes filles sont aussi victimes de violence sexuelle dès leur plus jeune âge et ce, en toute impunité. Il faut que cela cesse! Protéger les filles est une chose, mais nous devons également faire évoluer les comportements des hommes et des garçons, et la façon dont ils traitent les femmes'. La violence sexuelle peut avoir des incidences dramatiques sur la santé, notamment sur la propagation du VIH/SIDA, l'éducation et la pauvreté.

    Pour clore le débat, Mark G. Parker, Président de la Fondation Nike, a admis que le chemin serait encore long. La campagne 'l'effet fille', qui relie l'autonomisation des fillettes à l'avenir de l'humanité, apporte sa pierre à l'édifice. Les dirigeants du monde ont un autre catalyseur à leur disposition pour initier le changement: profiter de la crise économique mondiale pour s'interroger sur certains fondements sociaux sur lesquels s'appuie l'économie. En élaborant des solutions à la crise axées sur la réalisation du potentiel des 600 millions de filles à travers le monde, les investissements pourraient être réaffectés vers 'les plus démunis, les plus à risque, les exclus de la population mondiale, (qui) sont également… ceux susceptibles de maximiser l'impact': les filles.




    Copie d'écran - www.thegirleffect.org




    Le Forum économique mondial de Davos a inclus une table ronde sur le potentiel des femmes et des filles à susciter un impact social et économique positif sur leurs communautés et la planète. Ont participé à cette table ronde: Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de la Banque mondiale, Washington DC; Melinda French Gates, co-Présidente, Fondation Bill and Melinda Gates; Mari Pangestu, Ministre indonésienne du commerce; Mark G. Parker, PDG et Président, Nike et Fondation Nike; Ann M. Veneman, Directrice générale, Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et Présidente, Global Agenda Council on the Welfare of Children; Muhammad Yunus, Directeur général, Grameen Bank, Bangladesh; et Helene D. Gayle, Présidente et PDG, CARE USA.






recherche