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    Le péril protectionniste

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1/2009

    L'histoire montre que l'ouverture des marchés est primordiale en temps de crise. Les dirigeants doivent prendre garde à un repli national et s'assurer qu'ils n'enveniment pas la situation économique mondiale en imposant des mesures protectionnistes dangereuses.


    Dans un souci de protéger leurs économies, les dirigeants de la planète doivent impérativement résister à la tentation protectionniste. Il y a lieu d'espérer: le système commercial mondial est fondé sur des règles éditées par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'administration américaine, et d'autres gouvernements, sont prêts à revenir à une politique keynésienne pour contrarier les cycles économiques. Mais cette crise est la pire que le monde ait connu depuis la période post-guerre et il est utile de revenir sur ses effets dévastateurs.



    Les leçons de l'histoire



    Après la crise de 1929, il a fallu dix ans aux États-Unis pour retrouver leur situation antérieure en termes de PIB. Au plus fort de la crise, soit quatre ans après le krach boursier de Wall Street, l'économie nationale s'est contractée de 29%. Afin d'aider les agriculteurs et les industries, le Congrès américain a adopté la Loi sur les tarifs douaniers de 1930, plus communément appelée Loi tarifaire Smoot-Hawley.



    En réaction, les pays étrangers ont usé de représailles, qui ont frayé le chemin de la Grande dépression. Smoot-Hawley renvoie toujours aux politiques commerciales déloyales des années 1930. Globalement, le commerce mondial s'est contracté d'environ 66% entre 1929 et 1934 (voir graphique 1). L'Europe occidentale n'a pas échappé aux effets dévastateurs de la crise même si la reprise a été plus précoce (1932 pour le Royaume-Uni et 1933 pour l'Allemagne) mais guère soutenue; l'économie de guerre allemande s'est effondrée en 1944 et a perdu deux tiers de son PIB aux cours des deux années suivantes.









    Résister à l'appel au protectionnisme



    La lutte contre le protectionnisme ne traite pas les causes de la crise - pour cela, nous devons changer la culture de gestion laxiste du risque dans un secteur financier en plein essor. Mais le rejet du protectionnisme permettra de limiter la propagation de la crise à d'autres parties du monde, notamment aux économies en développement et émergentes.



    La contagion sera inévitable mais nous devons la contenir. Le commerce, moteur de la croissance mondiale, piétine - les dernières prévisions de l'OCDE anticipent un recul de 13% du commerce mondial. La récente Réunion de printemps du FMI et de la Banque mondiale a annoncé un recul de la croissance et du commerce au plan mondial inégalé depuis les Accords de Bretton Woods de 1944.



    Trade Map de l'ITC utilise des données de haute fréquence pour évaluer l'impact. Les données américaines sur le commerce témoignent d'une forte contraction des importations: alors qu'elles progressaient historiquement d'environ US$ 40 milliards par mois, en février 2009, elles ont marqué un recul de 59% (voir graphique 2).



    Les données mensuelles d'exportation des pays émergents et en développement d'Afrique et d'Asie, fortement dépendants de la zone de l'OCDE, locomotive de la croissance, donnent une image désastreuse de la situation. La croissance des exportations au Mexique, en Thaïlande, en Afrique du Sud et même en Chine, est nettement négative par rapport à l'année dernière (voir graphique 3). La recherche de l'ITC sur l'impact possible du ralentissement économique dans la zone de l'OCDE sur les exportations montre que les pays exportateurs de pétrole, notamment ceux du Golfe, seront les grands perdants de la baisse des recettes d'exportation, suivis par les pays européens en transition. Les pays en développement seront aussi gravement affectés, notamment ceux exclusivement tributaires des exportations vers les pays de l'OCDE et des transferts de fonds des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).



    Pour rester le moteur de la croissance, le commerce doit non seulement obéir aux règles mais également aux intentions des règles. On ne peut accepter qu'un pays ou un bloc commercial déclare respecter les règles de l'OMC tout en augmentant ses tarifs douaniers ou en durcissant les restrictions commerciales et les barrières non tarifaires.





    Mais la hausse des tarifs douaniers ne sera pas le seul effet pervers des agendas du commerce. La première victime de la crise pourrait être le Cycle de Doha. Tout en versant des larmes de crocodile sur le retard pris par les négociations, certains acteurs ne sont pas mécontents de voir la tournure que prend l'aide envers ceux qui s'échinent à ralentir les négociations. Même si l'Agenda de Doha n'est pas parfait, le laisser dépérir repousserait de dix ans la réalisation de gains potentiels.



    Pleins feux sur l'ouverture du commerce pour l'avenir



    Il est temps de débattre d'un 'agenda post- Doha de relance du commerce'. Au plan stratégique, ce nouvel agenda peut s'attaquer aux préoccupations de certains acteurs du G20, particulièrement des économies émergentes, qui estiment qu'on exige d'elles un effort additionnel pour régler une crise à laquelle elles sont étrangères. Une chose est sûre: elles devront participer à la refonte de l'économie mondiale, même si elles n'ont pas contribué à sa chute.



    De nombreux pays, dont les États-Unis, la Chine et le Japon, ont adopté d'importants programmes de relance, qui seront appliqués au cours des deux ou trois prochaines années. Ces programmes doivent impérativement promouvoir le commerce et doper la productivité. Nous devons nous garder de les utiliser pour substituer les importations; encourager l'achat ou la production national(e); ou subventionner les exportations de manière opaque et non transparente. Ce type de protectionnisme mènera aux mêmes critiques et aux mêmes politiques commerciales déloyales qui ont jalonné la grande et longue dépression des années 1930.



    Nous devons désormais lutter contre le protectionnisme à l'intérieur comme à l'extérieur via le commerce libre et équitable.








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