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    Le commerce de la biodiversité

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1-2/2008

    Illustration de Giles Kershaw Le mot 'biodiversité', contraction de 'diversité biologique' fait référence à la diversité de toutes les formes du vivant (espèces végétales et animales, et microorganismes) qui existent dans un écosystème donné.

    Selon une nouvelle étude les opportunités d'investissement et d'entrepreneuriat dans la biodiversité ne se limitent pas à l'agriculture

    'Selon une nouvelle étude importante, Building Biodiversity Business, soutenue par l'Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources naturelles (UICN) et Shell International, 'l'idée de tirer profit de la protection de la biodiversité peut sembler étrange; c'est en fait une condition essentielle à la mobilisation des investissements privés en faveur de la sauvegarde. Sans profits, les entreprises meurent et les marchés stagnent'.

    De la foresterie aux pêcheries en passant par la bioprospection et l'écotourisme, la sauvegarde de la biodiversité peut être lucrative, selon l'étude de 164 pages. Elle identifie les opportunités commerciales et les craintes des exportateurs en se focalisant particulièrement sur les marchés émergents.

    Foresterie

    Un débouché accru pour de nombreuses entreprises concerne la gestion des ressources forestières de façon à optimiser diverses activités: vente de produits en bois certifiés, recours aux marchés émergents pour les services environnementaux, produits forestiers non ligneux (PFNL), écotourisme et autres produits et services 'verts'.

    Produits forestiers non ligneux (PFNL)

    Les PFNL, dont la 'viande de brousse', qui garantissent moyens de subsistance et revenus, sont très importants pour les populations rurales pauvres. Ils incluent: noix comestibles, champignons, fruits, herbes, épices, miel, caoutchouc et résines, rotin, bambou, chaume, liège, plantes ornementales et fleurs, et une série de produits végétaux et animaux à vocation médicale, cosmétique, culinaire et culturelle.

    Outre les usages locaux, de nombreux PFNL sont exportés. Ainsi, International Network for Bamboo and Rattan estime à US$ 5 milliards par an le commerce mondial du bambou et du rotin. Les exportations de pousses de bambou de Taïwan représentent à elles seules près de US$ 50 millions alors que l'Indonésie exporte du rotin à hauteur de US$ 700 millions (70% du commerce mondial).

    Les opportunités commerciales spécifiques aux PFNL incluent:

    • Des investissements dans un portefeuille d'entreprises PFNL, soit dans un petit nombre de marchés de produits à fort potentiel, soit dans un 'éventail de marché' plus large qui promeut certaines pratiques dont les récoltes durables et le soutien des communautés locales.
    • Des investissements dans des fonds destinés aux PME qui soutiennent les entreprises PFNL, avec équité et/ou financement de la dette. Alternativement création de fonds spéciaux pour les entreprises PFNL, notamment dans les régions offrant un potentiel de marché et de conservation non couvert par les fonds existants, comme dans des régions d'Afrique et d'Asie.
    • Un soutien à l'adoption plus large de la certification PFNL, au développement de systèmes à plus bas coût et à la recherche pour mesurer l'impact de la récolte des PFNL au niveau des espèces/produits individuels et de l'habitat/du paysage.

    Pêcheries et aquaculture

    L'aquaculture est en plein essor, notamment en Asie et on la considère de plus en plus comme une solution potentielle à la surpêche de stocks sauvages même si elle amène son lot de problèmes environnementaux. Plusieurs programmes de certification sont en cours de développement afin de promouvoir la durabilité de la pêche de capture et de l'aquaculture, mais seule une fraction de leurs opérations recourt réellement à des pratiques écologiques. Il faut élargir la certification des pêcheries aux méthodes durables afin de s'attaquer à des problèmes comme 'la prise accessoire' de poissons (prise inintentionnelle d'espèces) et d'élargir également la couverture aux pays en développement, où la certification est actuellement très limitée.

    Compensation pour la diversité biologique

    Selon la Banque mondiale, 'les transactions sur le marché mondial du carbone ont atteint US$ 30 milliards en 2006, soit trois fois le chiffre de 2005'. Mais si les projets agricoles et forestiers peuvent vendre des crédits carbone via le Mécanisme pour un développement propre du Protocole de Kyoto, peu de transactions ont été approuvées à date. La majorité des activités liant carbone et biodiversité ont concerné le marché volontaire en pleine croissance alors que les entreprises et les individus cherchent à compenser leurs émissions pour satisfaire leurs propres objectifs de réduction.

    Il faut poursuivre l'expérimentation sur le marché volontaire du carbone, y compris par un soutien à la déforestation évitée et aux initiatives connexes qui regroupent les paiements pour un large éventail de biens et services environnementaux, incluant le carbone et les avantages de la biodiversité.

    Paiements pour la protection des bassins versants

    Les paiements pour la protection des bassins versants sont de plus en plus utilisés et vont d'utilisateurs privés qui paient des agences et des ONG spécialisées sur l'environnement à des paiements directs par des gouvernements à des propriétaires privés.

    Trouver un acheteur intéressé par des services de protection des bassins versants est souvent l'obstacle majeur à l'introduction de tels régimes ou à leur maintien sur le long terme. Il faut identifier les usagers en aval pour lesquels les paiements sont une option plus rentable que l'investissement dans un traitement de l'eau coûteux ou le développement de nouvelles sources d'alimentation en eau.

    Il est très possible de renforcer le co-financement par le gouvernement et des agences de développement et, dans certaines régions, de transférer le programme aux utilisateurs d'eau locaux. La contribution à la réduction de la pauvreté peut être importante attendu les faibles revenus des agriculteurs des plateaux par rapport aux utilisateurs d'eau en aval.

    Bioprospection

    La bioprospection est la recherche systématique de gènes, composés, molécules et organismes ayant un usage économique potentiel et pouvant faire l'objet d'un développement commercial.

    On a peu de chiffres fiables sur la taille de l'industrie de la bioprospection mais sa croissance a jusqu'alors déçu nombre de ses défenseurs. Par exemple, le Costa Rica a reçu US$ 4,5 millions via des accords de bioprospection, une somme modeste comparée aux US$ 400 millions générés par l'écotourisme.

    Une source évalue le marché actuel entre US$ 17,5 millions-US$ 30 millions et d'ici 2050, il devrait dépasser US$ 500 millions. Les investisseurs potentiels en bioprospection doivent faire la preuve que leurs activités profitent à la biodiversité et aux populations locales.

    Il existe de sérieux risques commerciaux liés à la bioprospection, notamment celui d'atteinte potentielle à la réputation liée aux accusations de biopiraterie (appropriation des connaissances autochtones sans compensation pour les groupes autochtones qui ont initialement développé ces connaissances).

    Ce sont les pays offrant un libre accès, des politiques de partage des bénéfices et un solide cadre institutionnel qui offriront vraisemblablement les opportunités les plus adaptées. Sur cette base, on pourra peut-être réduire les risques en investissant dans les entreprises qui soutiennent activement les communautés pourvoyeuses de matières premières.

    Les pays en développement pourraient améliorer leurs services de santé en demandant aux grandes entreprises pharmaceutiques de les aider à améliorer leur capacité à rechercher et développer leurs propres médicaments contre un accès aux ressources naturelles, plutôt que d'émettre des hypothèses irréalistes sur le montant des gains financiers générés par la bioprospection.

    Compensation pour la diversité biologique

    Le recours à la compensation légale pour la diversité biologique (offre de mesure de protection pour compenser la réduction éventuelle de la biodiversité) progresse, notamment en Australie, au Brésil, au Canada, en Suisse et aux États-Unis. La Directive sur la responsabilité environnementale, adoptée par la Commission européenne en 2004, pourrait déboucher sur des accords similaires en Europe. Des politiques analogues sont en cours d'élaboration au Mexique, en Nouvelle-Zélande et en Ouganda.

    En outre, on s'intéresse de plus en plus au potentiel des compensations volontaires. Certaines entreprises se sont publiquement engagées à appliquer des compensations pour la biodiversité liées à leur 'empreinte' tandis que de grands investisseurs considèrent la compensation comme une nouvelle opportunité commerciale ainsi qu'un indicateur de la bonne gouvernance d'entreprise.

    Les opportunités de compensation pour la biodiversité incluent:

    • Créer une 'banque' écosystémique locale permettant d'acheter ou de louer des terres, de les restaurer et de vendre des 'crédits' d'habitat aux agences publiques et aux entreprises privées qui ont besoin d'une compensation pour assurer la mise en conformité réglementaire ou satisfaire les engagements volontaires liés à la 'non-perte globale' .
    • Devenir un 'intermédiaire' en services écosystémiques en achetant des crédits environnementaux auprès de propriétaires terriens (garantis par des droits au développement) plutôt que de la terre elle-même et vendre des crédits à ceux qui achètent à des fins de mitigation, comme ci-avant.
    • Offrir des 'compensations pour les importations'. Identifier les priorités globales de sauvegarde, définir des normes de compensation crédible et créer un système de contrôle pour les entreprises susceptibles d'acheter des compensations volontaires pour toutes les importations qui ne sont pas encore certifiées 'durables'. Les compensations seraient fournies par des prestataires accrédités et soumises à un contrôle indépendant et un renouvellement régulier.

    Services de gestion de la biodiversité

    Ce marché spécialisé devrait beaucoup progresser, alors que les secteurs publics et privés prennent conscience des opportunités inhérentes et des risques liés au commerce de la biodiversité.

    Il existe plusieurs opportunités à but non lucratif susceptibles d'être soutenues par un groupe d'études et de réflexion, et de déboucher sur des opportunités d'investissement additionnelles (à but lucratif) via la société civile, la recherche, des courtiers de partenariats et des initiatives de renforcement de la capacité du secteur public.

    Les opportunités plus directes à but lucratif pourraient inclure: intégration de la biodiversité dans les processus d'étude de l'impact sur l'environnement (EIE); fourniture de services de restauration/réhabilitation de l'écosystème; comparaison des performances en matière de biodiversité; application et certification des plans d'action en faveur de la biodiversité; ou création et certification des compensations pour la biodiversité.

    Chasse récréative et pêche sportive

    Il existe des opportunités de collaborer fructueusement avec des organisations de chasse et pêche récréatives pour soutenir la sauvegarde de la biodiversité dans les pays développés et ouvrir un nouveau chapitre ou établir un partenariat de mentorat avec des organisations similaires dans des pays en développement afin d'appliquer des programmes de conservation. 

    Quelques marchés de l'écosystème et leur potentiel de croissance - (US$ par an)

    Le rapport Building Biodiversity Business de Joshua Bishop, Sachin Kapila, Frank Hicks, Paul Mitchell et Francis Vorhies, peut être téléchargé à l'adresse: http://data. iucn.org/dbtw-wpd/edocs/2008-002.pdf


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