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    La crise de l'emploi a un visage féminin

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1/2009

    © Organisation internationale du Travail Services de formation à la réinsertion dans un centre de mise en valeur des ressources humaines et d'emploi, Tianjin, Chine.

    En Asie, le chômage menace de façon disproportionnée les travailleuses. Au nom de l'égalité sociale et de la stabilité économique, les responsables politiques doivent élaborer des réponses tenant compte de la dimension de genre.



    Selon l'OIT, le nombre de chômeurs dans la région Asie-Pacifique devrait augmenter de près de 27 millions en 2009. Dans les économie en développement de la région, près de 140 millions de personnes pourraient s'enfoncer dans l'extrême pauvreté.

    Alors que la crise nous affectera tous, les travailleuses seront plus durement frappées que les travailleurs et d'une manière différente, notamment au bas de l'échelle socioéconomique. Ignorer la dimension de genre pourrait aggraver les conditions de vie et de travail de millions de personnes, exacerber les inégalités socio-économiques, et balayer une série d'avantages durement acquis en matière d'égalité salariale et sur le lieu de travail.

    Les travailleuses se concentrent dans des secteurs d'exportation à forte intensité de main-d'oeuvre qui alimentent les chaînes logistiques mondiales alors que les travailleurs se répartissent dans un large éventail de secteurs économiques. Les femmes sont cantonnées au niveau inférieur des chaînes logistiques dans des emplois occasionnels, temporaires, de sous-traitance et informels, où prévalent précarité, maigres salaires, piètres conditions de travail et absence d'assurance sociale conventionnelle. En charge du bien-être de leur famille, elles sont souvent tiraillées entre des responsabilités contradictoires en période de crise. En cas de contraction de la demande mondiale de biens et services, elles sont donc les premières victimes du chômage.

    La crise économique asiatique de 1997 abonde en ce sens. En Thaïlande, dans l'habillement, 95% des travailleurs licenciés étaient des femmes contre 88% dans le secteur du jouet. En Corée du Sud, ce pourcentage a été de 86% dans le secteur bancaire et des services financiers.

    La recherche montre que la contribution du salaire féminin à la subsistance de la famille, à la santé et à l'éducation des enfants est proportionnelle au niveau de pauvreté familiale. Les femmes occupant surtout des emplois peu rémunérés, elles épargnent moins et la moindre baisse salariale ou hausse des prix peut nuire gravement à la situation de ces femmes et de leur famille. Les données de 1997 confirment la tendance. Aux Philippines, le licenciement d'un homme fait baisser de 65% le revenu familial contre 94% dans le cas d'une femme; dans ce dernier cas, le nombre de repas est aussi minoré.

    Si, depuis les années 1990, les gouvernements de nombreux pays asiatiques ont renforcé leurs programmes de protection sociale - instrument essentiel de lutte contre la pauvreté - les femmes n'y ont pas souvent accès. D'une part, parce que les emplois informels atypiques et peu rémunérés sont souvent hors du champ des prestations sociales. D'autre part, les responsables politiques estiment que c'est aux hommes de prendre les femmes en charge ou que les avantages sont liés au maintien dans l'emploi - ainsi, en Asie, les systèmes de protection maternelle sont souvent financés par les employeurs uniquement.

    La question n'est pas simple. Dans certaines régions, les hommes pourraient en pâtir. Ainsi la demande de main-d'oeuvre féminine pourrait augmenter si on venait à remplacer les travailleurs réguliers par des travailleurs occasionnels. Dans les pays développés, les migrantes qualifiées travaillant dans le secteur médical (infirmières, médecins, etc.) ou la domesticité risquent moins d'être licenciées que les hommes, surreprésentés dans la construction, la production et l'agriculture. Il faut donc que les gouvernements et les organisations d'employeurs et de travailleurs adoptent des politiques sexospécifiques.

    Les programmes publics d'infrastructure et d'investissement sont des composantes essentielles des dispositifs nationaux de lutte contre la crise. Or ils génèrent souvent des emplois dans des secteurs traditionnellement masculins (construction, ingénierie et industrie). Nous devons garantir l'accès des femmes à ces emplois mais également faire en sorte que les mesures publiques, qui ont prouvé leur efficacité, soient élargies aux services sociaux, aux soins médicaux, à l'éducation et au développement des enfants et des adolescents.

    Il faut instituer des stratégies de recrutement propres aux femmes, incluant des services de garde d'enfants. Il faut lancer des initiatives spécifiques pour les chômeuses. Les mesures de relance économiques et fiscales doivent inclure l'accès au microcrédit - indispensable pour aider les femmes à créer leur propre entreprise. Le dialogue social doit tenir compte du point de vue des femmes. Le volet social des réponses politiques doit intégrer les soins médicaux de base, la maternité et l'éducation. C'est la condition pour garantir l'efficacité des mesures de sortie de la crise.

    Amelita King Dejardin est l'auteur d'un document 'Asia in the Global Economic Crisis: Impacts and Responses from a Gender Perspective', présenté en février à une conférence qui s'est tenue à Manille, Philippines, sur les réponses politiques à la crise en Asie-Pacifique.

    Il s'agit d'une version abrégée d'un article paru pour la première fois dans 'The Japan Times', le 8 mars 2009




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