•  home fr
  •  

    Habiliter les entrepreneurs

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1-2/2008

    Comprendre le sourçage et les chaînes géographiques.

    Toute stratégie commerciale efficace débute par une évaluation du marché, incluant les facteurs politiques et économiques influençant la demande, et des débouchés à l'exportation. Les meilleurs stratèges identifient d'abord les forces et les faiblesses de leur entreprise face aux opportunités du marché. Mais comme en témoignent les événements récents, seuls les grands courants économiques et politiques peuvent avoir un impact marqué sur l'orientation de votre entreprise.

    Ceci vaut particulièrement pour les entrepreneurs des pays en développement pour lesquels exporter est souvent une nécessité dès le départ. Tirer parti des marchés d'exportation comporte des risques importants même lorsque ces marchés figurent parmi les plus stables du monde. En conséquence, les entrepreneurs doivent bien connaître les forces du changement sur les marchés mondiaux et œuvrer à l'instauration d'un "environnement favorable" en vue de réduire ces risques.

    L'essence de toute gestion et de toute stratégie efficaces réside dans une volonté de se confronter à la réalité plutôt que dans l'attente de conditions plus favorables. Les temps sont durs en termes d'élargissement de l'accès à de nouveaux marchés. Le contexte politique est au populisme et au protectionnisme à la fois dans les pays développé et en développement. Les spécialistes affichent là un certain scepticisme face au commerce et à la mondialisation, et la récente crise financière a conforté ce virage populiste dans les politiques nationales de nombreux pays.

    Opportunités en vue

    Aussi paradoxal que cela puisse paraître, inverser la tendance peut créer d'énormes opportunités pour les entrepreneurs des pays en développement. Les grandes entreprises mondiales ont tout intérêt à maintenir ouvert le système commercial tout comme les chefs d'entreprise des pays en développement ont avantage à intégrer les chaînes logistiques de ces entreprises. Afin de garder l'environnement commercial ouvert, les entreprises internationales doivent de plus en plus prouver que le commerce améliore la vie des populations et créer une plus grande diversité dans leurs propres chaînes d'approvisionnement.

    La solution peut venir des entrepreneurs des pays en développement. Intégrer leurs produits et services à la chaîne logistique d'une entreprise mondiale est un moyen pratique et rentable de montrer le double impact que le commerce peut avoir sur les producteurs du monde en développement et les consommateurs du monde entier.

    Le défi stratégique consiste à traduire efficacement cet élan en action de sorte que les gouvernements et les entreprises mondiales dépassent la rhétorique pour commercer concrètement avec les entrepreneurs des pays en développement. Le renforcement de la capacité commerciale doit concerner non seulement les pays en développement mais également le monde développé car cela affecte la façon dont nous négocions au sein des institutions telles que l'OMC et dont nous créons d'autres incitations institutionnelles pour élargir la liberté économique des entreprises des pays en développement.

    Les marchés ne sont plus géographiques

    On a manqué jusqu'ici d'un outil de diagnostic permettant aux marchés à la fois d'identifier et de lever les obstacles freinant l'accès des entrepreneurs du monde en développement aux chaînes logistiques mondiales. Pour créer un tel outil et améliorer la capacité de tous les acteurs, il faut d'abord reconnaître que la mondialisation a radicalement changé la façon de commercer. Les ventes sans lien de dépendance entre exportateurs et importateurs indépendants ne sont plus la règle. Une grande part des échanges mondiaux se fait désormais entre les filiales d'entreprises mondiales et les fournisseurs de leurs chaînes d'approvisionnement mondiales.

    Il est important de comprendre ce tournant. Prenons par exemple le cas d'un producteur africain de textiles souhaitant tirer parti de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) des États-Unis. Les préférences tarifaires sont pour le producteur l'occasion d'exporter vers le marché américain mais également vers les entreprises basées aux États-Unis susceptibles de commercialiser leurs produits à l'international.

    En fait, le marché cible n'est plus géographique - c'est une stratégie d'exportation vers des entreprises qui vendront les produits, services ou idées d'un entrepreneur à l'international. Les fabricants de pièces automobiles par exemple ne cherchent plus à exporter vers les États-Unis ou le Japon mais vers de nouvelles destinations appelées 'Toyota', 'Daimler' ou 'General Motors'. Ces noms ne figurent pas sur une carte conventionnelle mais ils sont une référence sur la carte commerciale de l'économie mondiale actuelle.

    Conscients de l'évolution des structures du commerce (et des points de vue des acteurs impliqués), nous pouvons utiliser les outils dont ils se servent pour inscrire les entrepreneurs des pays en développement sur cette carte mondiale et identifier et abolir les barrières afin de créer l'environnement économique favorable.

    L'outil qu'utilisent les entreprises mondiales pour s'approvisionner est une carte de la chaîne d'approvisionnement, qui identifie les procédures et les coûts liés à l'achat d'un produit sur chaque marché individuel. Retourner cette carte et examiner la façon dont les entreprises mondiales entrevoient votre marché est une façon pertinente d'identifier les barrières internes et externes. Les barrières internes sont les réformes nationales nécessaires pour permettre aux entrepreneurs de soutenir la concurrence. Les barrières externes sont l'agenda des négociations des pays en développement dans le contexte des accords commerciaux régionaux ou bilatéraux de l'OMC. La carte permet aussi d'identifier l'infrastructure physique à améliorer et les normes commerciales auxquelles doivent se conformer les entrepreneurs des pays en développement.

    Redessiner la carte du commerce mondial

    Ce qui importe c'est le résultat du processus de collaboration entre les parties en vue d'établir cette carte. Celui-ci nécessitant une participation des secteurs public et privé du monde développé et en développement, et des organisations internationales comme l'OMC et la Banque mondiale, il rassemble les principales parties prenantes à l'instauration d'un environnement favorable essentiel à la réussite des entrepreneurs des pays en développement. Dans le même temps, il leur présente également des acheteurs potentiels de leurs produits, services et idées.

    Les parties impliquées pourront aussi commencer à jeter les bases d'un accord commercial en faveur du développement plus large que l'accord caduc de l'Agenda de Doha pour le développement désormais moribond.

    De nombreux obstacles freinant les échanges des pays développés avec les marchés des pays en développement sont les mêmes barrières internes que celles que doivent surmonter les pays en développement au profit de leurs propres exportateurs. Ce point devient un outil de marchandage pour obtenir la levée des obstacles et des subventions des pays développés.

    En résumé, affranchir stratégiquement les entrepreneurs des pays en développement non seulement doperait le commerce et améliorerait la vie des citoyens du monde développé et en développement, mais ouvrirait également la voie à des réformes plus vastes de l'environnement économique qui porteraient leurs fruits dans les prochaines années.


recherche