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    Fairtrade: Que cache ce label?

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1-2/2008

    Illustration de Giles Kershaw

    Nous avons posé 10 questions à Robin Cameron, Directeur exécutif de Fairtrade Labelling Organizations (FLO) International

    Robin Cameron
    Position:
    Directeur exécutif
    Organization: Fairtrade Labelling Organizations (FLO) International

    F: Quelle différence faites-vous entre Fairtrade et commerce équitable?

    RC: 'Fairtrade' est un concept de certification et de labellisation contrôlé par Fairtrade Labelling Organizations (FLO) International. Le 'commerce équitable' fait lui référence au mouvement dans son ensemble et inclut d'autres organisations du commerce équitable.

    F: Quelle est l'ampleur du marché des produits éthiques?

    RC: Tout porte à croire que l'engouement du public pour les produits éthiques ne se dément pas. Les ventes de produits Fairtrade ont grimpé en moyenne de 40% depuis 2003; la valeur au détail a été estimée à € 2,4 milliards (US$ 3,2 milliards) en 2007. C'est donc à plus de 1,5 million d'agriculteurs et d'ouvriers de plus de 60 pays du monde en développement que les consommateurs viennent en aide. En incluant les familles et les personnes à charge, ce nombre atteint 7,5 millions d'individus.

    Cette croissance devrait se maintenir alors que Fairtrade grignote de nouveaux marchés, développe de nouveaux produits labellisés et s'affirme sur des marchés relativement jeunes, tels que les États-Unis et le Japon. Nous prévoyons également un élargissement du marché en termes de gamme de produits, de pays producteurs de produits labellisés Fairtrade et de pays destinataires de ces produits. Le commerce Sud-Sud sera un autre moteur de la croissance.

    F: Quel sera selon vous l'impact de la crise économique mondiale sur Fairtrade?

    RC: Les événements récents nous ont propulsés dans l'inconnu mais jusqu'ici tout porte à croire que les ventes de produits Fairtrade ne faibliront pas. Alors que l'éventualité d'une récession et d'une hausse des prix des produits de base fait la une des médias depuis neuf mois, elles ont poursuivi leur progression sur les marchés les plus importants. Ainsi, au Royaume-Uni, elles ont augmenté de 55% sur la période avril-juin 2008 par rapport à la même période de 2007.

    Si la récession s'installe, certains consommateurs recentreront leurs priorités, ralentissant du même coup la croissance. Mais la façon dont le marché s'est construit au fil du temps fait notre force, sans compter tous ceux qui, par centaines de milliers, s'évertuent à promouvoir la vente de produits Fairtrade depuis près de deux décennies.

    La recherche récente laisse entendre que l'engouement des consommateurs pour les produits éthiques ne faiblit pas. Ainsi, la recherche menée par le Henley Centre (Feeling the Pinch) montre que les consommateurs placent l'argument 'renoncer à l'achat de produits éthiques et soucieux de l'environnement' à la dernière place d'une liste d'actions qu'ils pourraient envisager en cas de durcissement de l'environnement économique.

    La récession n'épargne personne mais une chose est sûre: en cas de ralentissement général, les producteurs du Sud seront à coup sûr proportionnellement désavantagés et devront saisir la main tendue par Fairtrade.

    F: Jusqu'à quel point le label Fairtrade Certification Mark couvre la durabilité environnementale?

    RC: FLO a renforcé ses normes environnementales en 2006 afin que les produits certifiés Fairtrade soient fabriqués dans un meilleur respect de l'environnement. Ainsi, les producteurs certifiés intègrent la protection de l'environnement dans la gestion de leur exploitation et sont encouragés à réduire au minimum leur consommation d'énergie non renouvelable. Nous pensons que les normes environnementales Fairtrade sont en grande partie aussi efficaces que d'autres systèmes axés plus spécifiquement sur l'environnement. Même si Fairtrade promeut, encourage et récompense les bonnes pratiques environnementales, sa mission première est d'aider les agriculteurs les plus désavantagés. Nous devons éviter d'imposer des contraintes environnementales trop onéreuses freinant l'accès des producteurs au marché Fairtrade.

    F: Ce numéro a mis en lumière la perplexité des consommateurs devant l'émergence de divers labels 'concurrents' [voir page 44]. Quelle est la relation entre le label Fairtrade et d'autres labels éthiques et environnementaux?

    RC: Au cours des dernières années, l'intérêt croissant des consommateurs a favorisé l'émergence de systèmes de certification et la croissance de certaines organisations existantes. Nous appuyons tout effort positif en vue de promouvoir l'agriculture durable qui profite aux fermiers, aux travailleurs et à l'environnement.

    Si Fairtrade n'est pas l'unique réponse, nous estimons qu'il est un des systèmes les plus sérieux. Ainsi pour vendre du café labellisé Fairtrade, 100% de ses ingrédients doivent être obtenus selon les règles de Fairtrade; les autres systèmes sont moins contraignants. En outre, seul Fairtrade exige le versement aux producteurs d'un prix plancher (prix minimum Fairtrade) couvrant les coûts d'une production durable et d'une prime Fairtrade.

    La particularité principale de Fairtrade tient à l'accent mis sur le développement; le système de certification vise spécifiquement à faciliter le renforcement de la capacité et l'autonomisation des petits producteurs et des travailleurs désavantagés des pays en développement.

    La confusion créée chez les consommateurs nous a poussés à collaborer étroitement avec d'autres groupes comme les représentants de consommateurs et des ONG, et nous appuyons le travail d'organismes comme l'ISEAL qui s'efforce de clarifier le secteur.

    F: Même avec un label Fairtrade, les consommateurs ne sont pas sûrs d'une prise en compte de toutes leurs préoccupations éthiques. Est-ce un problème?

    RC: Plutôt qu'un problème, c'est une opportunité de renforcer l'impact. En octobre par exemple, nous avons publié une nouvelle norme pour les fleurs; elle durcit les conditions commerciales tout au long des chaînes logistiques.

    Les fleurs sont un des produits FLO les plus dynamiques et le principal produit d'exportation pour les producteurs certifiés de Colombie, d'Équateur, d'Égypte, d'Éthiopie, d'Inde, du Kenya, du Sri Lanka, de Tanzanie et du Zimbabwe. Suite aux campagnes et aux rapports dénonçant les piètres conditions de travail dans certaines fermes, nous avons introduit cette nouvelle norme qui, entre autres, ne certifie que les exploitations offrant des conditions de travail sécuritaires et décentes. Pour nous et pour la croissance du marché, il est fondamental que les consommateurs puissent acheter des fleurs certifiées Fairtrade en sachant que les ouvriers sont traités de manière équitable.

    F: Est-il prévu de créer des partenariats entre FLO et d'autres labels?

    RC: Oui, par exemple, nous envisageons de développer un label commun pour le bois d'œuvre avec le Conseil de bonne gestion forestière (FSC) et nous sommes en pourparlers réguliers avec d'autres labels et régimes complémentaires. Nous prévoyons aussi de travailler avec d'autres certificateurs afin de réduire les coûts d'inspection, la logistique et la charge de travail administrative des organisations de producteurs.

    F: En Afrique, les producteurs bio se plaignent des coûts de certification excessifs. Comment FLO s'attaque-t-il au problème?

    RC: Nous sommes convaincus que le système de frais de certification des producteurs est abordable et n'entrave pas leur participation. Ainsi, nous sommes passés d'un système initial basé sur le volume à un système fondé sur les coûts réels; le coût est donc basé sur le nombre de jours ouvrables requis pour l'inspection.

    Devant les graves difficultés rencontrées par certains groupes, FLO a créé un Fonds de certification pour les producteurs censé aider les organisations de producteurs à financer les frais de certification. Les demandeurs qui satisfont aux normes Fairtrade subissent une première inspection et lorsqu'il existe des débouchés pour leurs produits, ils peuvent percevoir une allocation couvrant jusqu'à 75% des coûts de certification. En 2007, € 74 000 (US$ 99 000) ont été affectés à ce fonds.

    F: Comment les exportateurs des pays en développement et leurs dirigeants nationaux peuvent-ils tirer parti des marchés éthiques des pays développés?

    RC: FLO travaille surtout avec les producteurs agricoles tournés vers l'exportation. En vendant sur le marché Fairtrade leurs produits agricoles, qui sont souvent leur unique source de revenus, ils bénéficient de prix Fairtrade, qui leur assurent une sécurité financière et couvrent les coûts de production durable.

    Cet accès facilité des producteurs à la certification Fairtrade profite aux communautés rurales locales qui ont ainsi l'occasion d'accéder à de nouveaux marchés. Certains gouvernements, comme dans les îles Windward aux Caraïbes, facilitent de façon formelle l'accès des producteurs à la certification. De nombreux commerçants assument même les coûts de certification d'organisations de producteurs auprès desquelles ils s'approvisionnent. C'est un système gagnant-gagnant: les producteurs retirent des avantages sociaux et financiers et les commerçants accèdent à un nouveau marché en pleine expansion.

    F: Quel est l'avenir de Fairtrade selon vous?

    RC: La croissance de Fairtrade au cours des dernières années nous permet d'opérer un changement majeur quant à l'impact de notre travail, et de créer et maintenir un changement durable de la façon de faire du commerce.

    Nous allons élargir, approfondir et renforcer nos activités afin qu'elles profitent à un plus grand nombre de producteurs. Nous allons élargir Fairtrade afin qu'il touche davantage de producteurs et communautés dans un nombre accru de pays; nous allons approfondir Fairtrade afin d'asseoir son utilité pour les producteurs et organisations de producteurs; nous allons intensifier nos services d'appui et commerciaux. Nous allons aussi renforcer notre organisation afin de la rationaliser et de renforcer sa rentabilité, et d'améliorer la représentation des producteurs.

    Fairtrade Labelling Organizations (FLO) International est une association à plusieurs parties prenantes et sans but lucratif, qui regroupe 23 organisations membres à travers le monde. Elle définit et évalue les normes Fairtrade, et appuie les producteurs certifiés bio en les aidant à obtenir et conserver la certification Fairtrade et en tirant profit des opportunités des marchés. http://www.fairtrade.net/


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