Analyse technique des marchés à terme
Chapitre 4 - Négoce du coton -Négoce de contrats à terme
L’analyse technique s’entend de l’étude du marché à proprement parler plutôt que de l’évaluation des facteurs qui ont une incidence sur l’offre et la demande d’un produit de base. Les éléments importants de l’analyse technique sont les prix, le volume des transactions sur le marché et la position ouverte. Cette approche technique portant uniquement sur le marché, elle doit tenir compte des fluctuations qui reflètent les actions des négociateurs et qui et ne sont pas nécessairement associées aux cycles de l’offre et de la demande. Toutes les analyses techniques partent du principe qu’il est possible de prévoir l’évolution du marché par la simple analyse du comportement passé du marché (bien que nombreux soient les professionnels du marché du coton qui ont du mal à l’admettre).
L’analyse technique détaillée n’est pas à la portée de la plupart des négociateurs. Pour prendre les bonnes décisions le plus important est d’être en contact étroit avec les marchés et avec des professionnels compétents du secteur. Toutefois, si des spécialistes des diagrammes fournissent l’analyse dans un délai raisonnable, l’analyse technique peut fournir des informations complémentaires utiles, en particulier pour les prévisions à moyen terme.
Les principaux outils d’analyse sont l’évolution des prix par le passé représentée sous des formes diverses (graphiques ou diagrammes). Les changements de volume des positions ouvertes (le nombre de contrats à terme ou d’options en cours sur une marchandise donnée) et le volume total des opérations sur le marché sont aussi étudiés. Sur les graphiques, une moyenne mobile est souvent utilisée pour noter et interpréter les tendances en matière de prix. Sur la plupart des graphiques, la moyenne bouge avec le temps à mesure que les informations les plus récentes sur les prix y sont ajoutées et que les prix les plus anciens sont abandonnés. Par exemple, une moyenne mobile simple sur trois jours du cours de clôture journalier d’une marchandise évolue comme suit : le mercredi, la somme des cours de clôture de lundi, mardi et mercredi est divisée par trois; le jeudi, la somme des cours de clôture de mardi, mercredi et jeudi est divisée par trois; et ainsi de suite. Les analystes peuvent calculer le cours moyen sur plusieurs heures, jours, mois voire années, en fonction de leurs besoins.
La moyenne mobile est toujours inférieure au prix du marché courant. Lorsque les prix augmentent sur des marchés haussiers, la moyenne mobile passe en dessous du prix courant. Cependant, sur un marché baissier la moyenne mobile sera supérieure au prix courant. Lorsque la tendance en matière de prix est inversée, la moyenne mobile et le prix courant se croisent.
Si les partisans de la représentation en diagrammes reconnaissent que les fondamentaux sont les principaux déterminants des prix des produits de base, ils ajoutent que ces facteurs ne permettent pas de prédire l’évolution des prix. Ils font valoir que les graphiques tiennent compte de tous les facteurs fondamentaux qui façonnent les prix et qu’ils reflètent aussi les réactions subjectives du marché face à ces facteurs. Selon une autre hypothèse, bien que la courbe des prix et d’autres éléments du graphique soient réels et objectifs, leur interprétation est nécessaire subjective. Ainsi, le même graphique peut envoyer des signaux contradictoires selon le lecteur.
Dans la pratique, il est probable que l’approche fondamentale et celle de la représentation en diagramme se recoupent en grande partie. Il n’est pas rare que les opérateurs déterminent la tendance du marché en étudiant les fondamentaux, puis qu’ils choisissent le bon moment pour pénétrer le marché en se reportant aux diagrammes. De la même manière, les partisans des graphiques étudient aussi d’autres facteurs qui dépassent l’analyse technique. Ils peuvent tenir compte du nombre de jours restant avant la date d’échéance, des quantités notifiées pour livraison en bourse, des positions longues, et de la possibilité d’accepter des livraisons en bourse sans effets secondaires.
Nombre d’entreprises se spécialisent dans l’établissement de graphiques pour différents produits de base et la plupart disposent de leur propre site web sur lesquels sont disponibles des informations sur l’évolution des prix dans le temps, les volumes, les positions ouvertes et les études techniques, par exemple.
Position ouverte et volume des opérations
Le total des positions en cours, longues ou courtes, de la chambre de compensation est appelé position ouverte. Si un collecteur d’ordres long sur un contrat à terme vend sa position à un autre collecteur d’ordres qui souhaite être long à terme, la position ouverte reste inchangée. Néanmoins, s’il vend cette position à un collecteur d’ordre qui est court et liquide donc sa position, la position ouverte diminue. L’ampleur de la position ouverte indique le degré de liquidité courante sur un marché donné.
Fin décembre 2006, la position ouverte du contrat n°2 sur coton était de 170 511 contrats (soit 3,87 millions de tonnes) contre 105 414 une année auparavant. La position ouverte pour les options sur coton était de 213 415 contrats (4,84 millions de tonnes), en augmentation considérable par rapport à l’année précédente (127 789 contrats).
Volume des opérations
Le volume des opérations ou des transactions équivaut au nombre de contrats à terme échangés pour un produit de base donné dans la même journée. Les analystes techniques considèrent le volume des opérations et la position ouverte comme des indicateurs du nombre de personnes ou de l’intérêt sur le marché et donc de la probabilité que le prix augmente. Une augmentation progressive du volume pendant une période de redressement des prix peut laisser à penser que la tendance va se poursuivre.
L’augmentation du volume des opérations peut aussi être liée au fait que l’on s’attend à ce que les prix augmentent à l’avenir mais, en fait, elle peut signifier que des positions longues ou courtes quittent le marché du fait d’une baisse des cours. En règle générale, le volume des transactions est un bon indicateur du soutien externe à une évolution des prix sur le marché.
Le volume total des opérations sur coton à New York a augmenté, passant de 3 156 018 contrats à terme en 2004 à 3 848 990 en 2005 (+22%) et 4 490 407 en 2006 (+17%). En moyenne, quelque 19 000 contrats (430 000 tonnes) ont été négociés chaque jour en 2006 contre seulement 13 500 en 2004.
Le volume total des opérations d’options sur coton à New York a atteint 1 820 259 contrats en 2006, soit une progression de 6% par rapport à 2005 (1 709 345), et 1 726 982 en 2004. Une moyenne de 7 750 contrats d’options (soit 175 000 tonnes) a été négociée chaque jour en 2006.
Relation entre la position ouverte, le volume et le prix
Pour être utiles, les différents éléments pris en compte pour établir les diagrammes doivent être interprétés en parallèle. L’analyse de l’évolution se la position ouverte et du volume conjuguée aux diagrammes des prix peut révéler plusieurs tendances, lesquelles sont décrites dans les paragraphes qui suivent.
Lorsque tant le volume des opérations que la position ouverte augmentent en même temps que les prix, cela signifie que le marché est haussier. La progression des positions ouvertes est la conséquence de l’arrivée sur le marché de nouvelles positions longues et de nouvelles positions courtes. Néanmoins, par la suite, à chaque augmentation des prix, les positions courtes précédemment arrivées sur le marché subiront des pertes de plus en plus difficiles à supporter. À terme, les négociateurs ayant des positions courtes seront contraints d’acheter, ce qui poussera plus encore le marché à acheter.
L’augmentation continue du volume des opérations et de la position ouverte conjuguée à des prix en hausse est le signe d’un marché haussier. Dans ce cas de figure, davantage de nouveaux intervenants vont souhaiter pénétrer le marché en prenant des positions longues. Lorsque le volume des opérations et la position ouverte commencent à diminuer, cela peut indiquer un inversement de la tendance. Tel qu’indiqué plus haut, pour le marché de New York, le rapport COT (engagement des négociateurs) publié par la CFTC (www.cftc.gov) offre une excellente analyse de la position ouverte, non seulement par catégorie de négociateur, mais aussi par semaine.
Si le volume journalier et la position ouverte sont en baisse et que les cours reculent, cela confirme un marché baissier. Lorsque l’on trouve sur le marché davantage de vendeurs que d’acheteurs, les positions longues subissent des pertes croissantes, jusqu’à ce que les négociateurs n’aient d’autre solution que de vendre. Des volumes et des cours en baisse signifient qu’il faudra du temps pour atteindre le cours le plus bas du marché baissier.
Une explosion du volume des opérations peut aussi indiquer un tournant sur le marché si l’on enregistre sur une journée des échanges à des prix très élevés et un volume très important et si par la suite l’évolution des prix, à la hausse ou à la baisse, s’accompagne d’une diminution des volumes. Tout indique alors qu’un inversement de tendance est imminent. De la même manière, un effondrement des prix, conjugué à un volume élevé, peut indiquer la fin d’une tendance baissière.
Établissement des diagrammes
Les deux diagrammes les plus communément utilisés pour l’analyse technique sont le diagramme en tuyaux d’orgue, et le graphique en points et figures. De nombreuses études techniques peuvent s’ajouter à ces diagrammes, telles les courbes de tendance, les moyennes mobiles et la stochastique (probabilités).
Les diagrammes en tuyaux d’orgue emploient des barres verticales pour représenter la fourchette de prix pour chaque jour de cotation. La longueur de la barre représente l’amplitude entre les cotations les plus élevées et les plus basses. La ligne verticale est traversée par une mince ligne horizontale qui représente le cours de clôture. Par conséquent, à l’aide d’une simple ligne par jour il est possible de représenter le cours de clôture ainsi que les cotations minimale et maximale enregistrées ce jour là. Les données sont enregistrées chaque jour, laissant apparaître une tendance sur plusieurs semaines, mois ou années.
Certains experts en lamatière insistent pour qu’un nouveau diagramme soit établi dès l’ouverture d’une nouvelle position à terme. Souvent le diagramme initial est complété en y ajoutant la nouvelle position à la position tout juste arrivée à échéance. Étant donné que la nouvelle position peut s’accompagner de décotes ou de primes par rapport à l’ancienne position, le diagramme devrait clairement indiquer où commence la nouvelle position et où l’ancienne prend fin.
Le pointage continu peut se présenter de différentes manières. Il est possible d’indiquer la première position jusqu’à son échéance puis de poursuivre avec la nouvelle première position. Il est également possible d’indiquer une seule position jusqu’à son échéance puis de poursuivre avec le même mois de l’année suivante. L’inconvénient de cette seconde méthode est que si une position arrive, par exemple, à échéance en décembre 2004, et que la position suivante est décembre 2005, les cours risquent d’avoir considérablement changé et le diagramme d’afficher soit une progression marquée, soit un recul marqué.
Les courbes de tendance sur les diagrammes révèlent les changements de tendance marqués au détriment des changements plus subtils des facteurs liés à l’offre et à la demande. La courbe de tendance convient davantage à l’enregistrement des changements à long terme des indices ou autres données financières et économiques. Le marché enregistre trois types de tendances : haussière lorsque les cours augmentent; baissière lorsque les cours baissent; stable ou horizontale lorsque les cours ne bougent pas. Lorsque la stabilité se maintient sur une période relativement longue, on parle d’encombrement. Plus cette zone d’encombrement est large, plus la possibilité est grande que le marché parte à la hausse ou à la baisse.
Les orientations les plus simples à reconnaître sont celles formées par les trois types de courbes de tendances, à savoir : la courbe d’appui, qui connecte les points inférieurs de la variation du cours; la courbe de résistance, qui relie les pics de la variation; et le canal, à savoir la zone entre la courbe d’appui et la courbe de résistance qui affiche un mouvement de prix soutenu.
Le graphique en points et figures présente deux différences importantes par rapport au diagramme en tuyaux d’orgue. Tout d’abord, il n tient pas compte de la notion de temps. Contrairement au diagramme en tuyaux d’orgue, sur lequel les lignes sont équidistantes pour marquer un certain laps de temps, chaque colonne du graphique en points et figures peut représenter quelque laps de temps que ce soit. Ensuite, le volume des opérations est sans importance étant donné que l’on estime qu’il reflète uniquement les mouvements de prix et n’a aucune valeur prédictive. C’est la seule mesure de l’évolution des mouvements de prix qui détermine l’orientation du graphique. Le graphique en points et figures repose essentiellement sur le prix du produit de base. On part du principe que le prix à un moment donné représente la juste valeur du produit jusqu’au moment de la liquidation du contrat. Ce prix est le fruit d’un consensus entre l’ensemble des acheteurs et des vendeurs du monde entier, de l’interaction entre toutes les forces qui régissent l’offre et la demande. Il n’est pas nécessaire d’ajouter d’autres renseignements à ce graphique car on part du principe que le prix reflète toutes les informations essentielles sur le produit.
Les graphiques journaliers et mensuels des cours du coton à terme (ainsi que des renseignements sur le volume et la position ouverte) sont proposés gratuitement par TFC Commodity Charts à l’adresse www.futures.tradingcharts.com et sont faciles d’accès.