Des exportations pour un développement durable

 
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WEDF 2011 - Résumé de la session : Accueil officiel et ouverture du forum 2011

  • Forum mondial pour le développement des exportations 2011

    ENGAGEMENT DU SECTEUR PRIVÉ AUPRÈS DES PMA POUR UNE CROISSANCE FONDÉE SUR LE TOURISME ET UN DÉVELOPPEMENT DURABLE SOLIDAIRE

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    Résumé de la session : Accueil officiel et ouverture du forum 2011

    Mme Patricia Francis, Directrice exécutive de l'ITC, a souhaité la bienvenue aux délégués du Forum mondial pour le développement des exportations 2011, qui se tient dans le cadre de la Quatrième conférence des Nations Unies sur les pays les moins développés (PMA-IV) à Istanboul en Turquie.

    Dans son discours d'ouverture, Mme Francis a indiqué qu'en dépit de l'attention que le monde avait portée aux PMA depuis la Conférence PMA-III de Bruxelles en 2001, on ne pouvait nier le fait que la situation de ces pays s'était détériorée. Que les PMA étaient plus nombreux actuellement et qu'ils étaient plus pauvres. Que du point de vue commercial, les preuves fournies dans le rapport 2010 de l'ITC intitulé Market Access, Transparency and Fairness in Global Trade montraient que pour chaque montant de 100 $E.-U. de revenus d'exportations, les 33 PMA étudiées ne conservaient que 14 centimes.

    Mme Francis a ajouté : « Nous savons que l'accès au marché est nécessaire mais qu'il n'est pas suffisant et si la résolution des problèmes macro-économiques peut rendre possible la compétitivité des entreprises des PMA  au niveau international, la capacité de fabriquer des produits commercialisables qui rend cette compétitivité réelle dépend des entreprises. Le secteur privé, notamment les petites et moyennes entreprises, généreront de la croissance et créeront des emplois là où elles sont compétitives ». Elle a fait remarquer que l'objectif stratégique majeur de l'ITC était d'augmenter la capacité du secteur privé à profiter du système commercial mondial.

    Le but qui sous-tend à l'organisation du WEDF dans le cadre de la Conférence PMA-IV est de profiter de la présence des très nombreux partenaires des secteurs public et privé qui soutiennent les PMA pour explorer, définir et s'engager dans le travail. L’intention de l'ITC est de clore le WEDF et la Conférence PMA-IV par un plan d'action concret pour et après 2012, en travaillant avec les PMA et les partenaires avec la devise des « Exportations pour un Développement durable » comme objectif.

    Le plan d'action se concentre sur quatre projets de développement dans le secteur du tourisme qui serviront de base aux discussions lors des ateliers du Forum. Ils feront ensuite l'objet de discussions ultérieures dans les pays concernés et seront validés par les parties prenantes locales en vue de produire des documents de projets acceptables par les banques et d'obtenir l'engagement des partenaires impliqués.

    Ces quatre projets couvrent : 

    • Impliquer les prestataires femmes dans la chaîne de valeur touristique : 
    • Gérer les activités touristiques après une crise ; 
    • Liens en amont entre l'agriculture et la chaîne d'approvisionnement touristique ; 
    • Le tourisme solidaire par la protection et la promotion du patrimoine culturel et de l'artisanat. 

    Son Excellence M. Ali Babaçan, Vice-Premier Ministre de Turquie, a indiqué aux délégués que l'importance de l'ITC reposait sur son approche base-sommet qui reflète les attentes et les préoccupations des populations des PMA. Que l'organisation s'attachait à aider les gens à sortir de la pauvreté par le commerce, à aider les petites et moyennes entreprises, les femmes et autres petits entrepreneurs.

    Il a ajouté que les PMA avaient particulièrement souffert lors des crises des dernières années et qu'ils ne s'étaient pas totalement remis des crises alimentaires et de l'énergie. Que le renforcement des capacités productives des PMA était un objectif à atteindre pour la communauté internationale toute entière, que le secteur des services jouait un rôle de plus en plus important dans ce cadre par sa contribution grandissante à la croissance économique et à la création d'emplois. Que parmi les services, on avait identifié le tourisme comme un important moteur potentiel de croissance, qui représentait déjà la majeure partie des revenus en devises étrangères pour ces pays. Toutefois, il a ajouté que les gouvernements avaient eu tendance à considérer le tourisme comme un secteur marginal et que la participation des PMA à la croissance mondiale du secteur était restreinte par des capacités d'approvisionnement faibles et sous-développées.

    Le ministre a décrit le développement du secteur touristique turc au cours des 30 dernières années et a fait remarquer que le secteur employait actuellement deux fois plus de gens que l'industrie manufacturière. Que la Turquie était maintenant la huitième destination touristique dans le monde, avec 29 millions de visiteurs chaque année. Il a cependant signalé qu'il fallait absolument protéger l'environnement culturel et physique dont dépend le tourisme. Qu'il fallait veiller à ne pas tuer la poule aux œufs d'or.

    Dr Supachai Panitchpakdi, Secrétaire général à la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), a réitéré l'importance du tourisme dans le développement des PMA car ce secteur représentait une source majeure de revenus d'exportation pour plus de la moitié d'entre eux. Il a fait remarquer que dans les trois PMA qui étaient en train de dépasser leur statut, à savoir le Cap Vert, les Maldives et les Samoa, le tourisme avait grandement contribué à cet essor. Que l'on s'attendait à ce que 10 autres PMA dépassent leur statut au cours ces dix prochaines années, et que le tourisme avait été identifié comme l'un des facteurs clés de progression pour tous ces pays.

    Le Dr Supachai a ajouté que la dernière décennie avait été celle de la croissance, mais qu'elle n'avait pas eu d'effet sur la pauvreté. Que pour s'assurer que cette situation allait changer, une transformation structurelle des PMA était nécessaire et que l'un des moyens d'y parvenir était le renforcement des capacités. Il a expliqué la façon dont les dix agences de l'ONU et les cinq commissions régionales collaboraient au sein du Cluster for Trade and Productive Capacity (Groupement pour le commerce et les capacités productives) et œuvraient à la réduction de la bureaucratie et des lourdeurs administratives. Que dans ce domaine, le secteur privé avait été identifié comme un acteur primordial :  si l'État jouait un rôle important dans l'élaboration des politiques, une prérogative qui ne pouvait pas être cédée au marché, il devait cependant collaborer avec le secteur privé.

     Le Dr Supachai a conclu son discours en trois points : 

      1. Il est important que l'État comprenne que le tourisme ne se résume pas seulement à gagner de l'argent, à augmenter les revenus et à attirer les investissements - car il se fourvoierait. Il faut associer le tourisme à l'économie créative en engageant un dialogue permanent entre les multiples parties prenantes. 
      2. Le tourisme se doit d'être durable en impliquant les communautés locales et en bénéficiant aux pauvres. La fuite des capitaux - c'est à dire le niveau de profits rapatriés par les investisseurs étrangers - est une question importante.
      3. Il ne faut pas ignorer le rôle de la coopération régionale : la collaboration entre les pays facilite le processus et le rend moins coûteux. Il a fait remarquer que l'Asie avait fort bien réussi à mobiliser ses ressources touristiques au niveau régional.

    M. Pascal Lamy, Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a dit que du point de vue de l'OMC, le secteur du tourisme avait des caractéristiques intéressantes. Qu'il n'y avait pas beaucoup de marchés capables d'afficher une croissance soutenue entre 5 et 7 %, même si les PMA ne représentaient qu'une proportion réduite, avec 1 % du total. Que le tourisme était un marché résilient, comme le démontrait le fait que la chute des exportations liées au tourisme dans les PMA pendant la crise économique avait été limitée à 4 %, un chiffre bien inférieur à ceux des autres secteurs. Que le tourisme était aussi un secteur où l'accès au marché était relativement facile et que cela ne dépendait pas de subventions qui perturbaient profondément le marché.

    M. Lamy a toutefois averti que le tourisme n'était pas un thème simple. Qu'en dépit de son apparente simplicité, comme l'agriculture, ce secteur était très complexe. Que la stimulation du secteur touristique impliquait de nombreux aspects, qu'elle était d'une importance cruciale pour le secteur privé et qu'elle supposait un rôle majeur des autorités publiques dans l'acquisition des connaissances théoriques et pratiques, les infrastructures et les normes de qualité. Qu'il était important que chaque agence internationale contribue par ses atouts aux efforts de soutien du développement touristique des PMA. Que pour sa part, l'OMC y contribuerait de deux façons : par son activité principale, à savoir la réglementation, afin de fournir un cadre prévisible et stable pour les entreprises, et par le renforcement des capacités, via l'initiative d'Aide pour le commerce.

    M. Ed Fuller, Président et Directeur général de Marriott International Lodging, a décrit la stratégie de responsabilité sociale du groupe Marriott dans les pays en développement ; cette stratégie se concentre sur l'hébergement et l'alimentation, la protection de l'environnement, la préparation des populations locales aux carrières de l'hôtellerie, la réunion des conditions nécessaires à la vitalité des enfants, ainsi que l'adhésion aux principes de diversité et de solidarité mondiale.

    Il a décrit dans les grandes lignes la manière dont le groupe cherchait à résoudre les défis écologiques par des initiatives novatrices de conservation. Il a donné l'exemple d'un accord signé en 2008 entre le groupe Marriott, l'État brésilien d'Amazonas et la Fondation d'Amazonas pour le développement durable, portant sur la protection de 570 mille hectares de forêt primaire - la Réserve forestière de Juma. Le groupe a engagé un budget de 2 millions de $É.-U. dans le projet. Ce budget est destiné à l'élaboration d'un plan de gestion environnementale, à la construction d'une école, à la mise à disposition de nouveaux canots d'urgence, de moustiquaires, d'appareils médicaux, de citernes pour l'eau de pluie et de panneaux solaires pour alimenter l'école en électricité.

    Un autre programme de conservation a été lancé dans la province du Sichuan, en Chine, qui avait été touchée par le tremblement de terre de 2008 et porte sur la conservation des ressources en eau potable. M. Fuller a ajouté que les hôtels Marriott s'étaient engagés à réduire leur consommation d'eau et d'énergie de 25 % en dix ans.
    En réponse à une question, il a indiqué que le groupe Marriott avait un avantage à investir dans les PMA en raison de ses multiples marques. Qu'ainsi, le groupe réalisait des constructions au Rwanda et au Ghana, et qu'il cherchait d'autres marchés dans les PMA. À la question portant sur la maximisation des liens avec les marchés locaux, il a dit que le groupe Marriott avait comme politique de travailler pendant un an avec les marchés locaux avant d'ouvrir un hôtel, ceci pour établir des normes avec les agriculteurs et autres prestataires, et expliquer ses attentes. Que par sa politique de recrutement local, le groupe Marriott s'attachait également à l'éducation et à la formation, en particulier dans les pays où le marché de l'hôtellerie est absent.

    Dr Taleb Rifai, Secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), a ajouté que la voix de l'organisation n'était pas entendue quelques années auparavant. Que le tourisme ne semblait être important que pour ceux qui pouvaient se permettre de rêver. Que toutefois le WEDF s'intéressait au tourisme pour la première fois et que le Directeur général de l'OMC avait insisté sur l'importance de ce secteur. Que l'on reconnaissait finalement que le tourisme était devenu un phénomène mondial central. Qu'en dépit de toutes les prévisions, les gens estimaient que les voyages, la création d'emplois, la possibilité de gagner sa vie et d'améliorer ses conditions de vie étaient leurs droits inaliénables. Que les acteurs du tourisme se joignaient à d'autres secteurs non traditionnels, tels que le sport ou les arts, pour relayer les activités traditionnelles et multiplier les effets sur les conditions de vie.

    Qu'il était donc nécessaire de faire plus attention à ces autres secteurs, et que les gouvernements avaient une responsabilité majeure dans la satisfaction des besoins du tourisme et des communautés d'accueil, tout en protégeant l'avenir. Que les gouvernements devaient concevoir des cadres législatifs adéquats et prévenir les pratiques non durables. Que le rôle du secteur privé était crucial lui aussi, notamment dans l'application des principes de la responsabilité sociale. Qu'il n'était pas convenable de construire des établissements de cinq étoiles au milieu d'établissements de deux étoiles, de créer des îles d'affluence au sein de communautés démunies. Que le respect de l'environnement et du tissu socio-économique environnant représentait un défi sensible pour le secteur privé, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.

    Mme Victoire Ndikumana, ministre du Commerce et de l'Industrie du Burundi, a dit que le tourisme international était l'un des secteurs économiques les plus importants pour la création d'emplois et l'apport de revenus en devises étrangères dans de nombreux pays. Et qu'ainsi, en Afrique, il avait affiché une croissance positive malgré la crise. Que l'intégration économique ouvrait la porte à l'établissement de divers services, dont le tourisme.

    Elle a ajouté qu'au cours des dernières années, le Burundi avait stabilisé sa situation et améliorait sa sécurité. Que les élections avaient été réussies. Que des actions étaient entreprises pour attirer les investissements du secteur privé, et que le tourisme se révélait être un levier de croissance économique et un moteur pour de nombreux autres secteurs. Que si le tourisme n'en était encore qu'à ses balbutiements, il avait un potentiel manifeste et le gouvernement œuvrait activement à la création de partenariats avec le secteur privé, les organisations de la société civile et les organisations internationales.

    Le ministre a mis l'accent sur le fait que la paix et la stabilité politique étaient des conditions préalables au développement, surtout dans le cas du tourisme. Que les touristes évitaient les régions instables, ce qu'avaient montré les récents évènements en Afrique du nord. Que les PMA devaient en conséquence faire de la paix et de la stabilité politique leur principale priorité, que le tourisme, en tant que moteur du progrès économique et social, contribuerait à son tour à la paix.

    Mme Ndikumana a ajouté que son pays voyait dans le tourisme un grand potentiel de développement, par l'intermédiaire de l'intégration régionale, en instaurant par exemple un visa touristique unique pour tous les pays d'Afrique de l'est. Elle a aussi fait remarquer que le tourisme pouvait contribuer au développement des zones marginalisées d'un pays et à la diminution de l'exode rural au profit des villes, ainsi qu'à la réduction des écarts majeurs entre villes et campagnes.

    S.E. Dr Luzius Wasescha, Ambassadeur de la Mission permanente de Suisse à l'OMC, a indiqué qu'en sa qualité de destination touristique de renom, avait la ferme intention de placer le tourisme durable au centre des débats. Que les revenus du tourisme représentaient environ un tiers des revenus d'exportation du pays, avec environ 36 millions de nuitées enregistrées en 2010, ce qui montrait l'importance du tourisme dans le secteur tertiaire.

    L'Ambassadeur a dit que si le tourisme pouvait générer des effets positifs pour une région entière, il présentait aussi des risques. Que du côté positif, les fournisseurs de tous types de biens et services pourraient bénéficier d'une demande accrue. Les emplois ainsi créés et la fréquentation touristique pourraient améliorer la situation car les populations cesseraient de quitter des zones qui seraient moins productives dans d'autres circonstances. Mais que du côté négatif, il fallait prendre en compte les éventuelles répercussions sur l'environnement et sur le tissu socio-économique. Que le tourisme actuel était de plus en plus exigeant, non seulement en termes de quantité mais aussi en termes de qualité. Qu'avant de choisir une destination, les voyageurs s'informaient sur la sûreté et la sécurité, sur l'observation des normes éthiques et sociales, ainsi que sur l'impact environnemental.

     Il a conclu par les mots suivants : « Je souhaite vous assurer de l'intérêt et du soutien sans faille de mon gouvernement pour la promotion d'un tourisme durable, avec la participation de nos partenaires dans le monde. Notre stratégie est orientée vers le renforcement de la compétitivité et de la pérennité des offres touristiques, vers l'aménagement d'un cadre institutionnel propice, ainsi que vers l'amélioration de l'accès au marché et des informations touristiques ».

    Conclusion
    Pour résumer les discussions, Mme Francis a invité le public à porter son attention sur plusieurs questions clés : 

    • L'importance cruciale des partenariats public-privé ; 
    • Le rôle du tourisme en tant que moteur de la croissance des PMA ; 
    • L'importance du caractère durable dans le développement du tourisme ; 
    • Le rôle prépondérant de l'État dans la promotion du tourisme et la création de conditions favorables ; 
    • La question des avantages pour le pays d'accueil et de la fuite des bénéfices ; 
    • La nécessité pour les gouvernements de réfléchir sérieusement au tourisme ; 
    • Le défi de travailler avec les PME et d'établir un cadre de normes éthiques pour le développement ; 
    • La nécessité d'une stabilité politique et sociale ; 
    • Les possibilités d'injecter les revenus au sein des communautés rurales ; 
    • Le besoin d'établir un mécanisme de dialogue entre les secteurs public et privé ; 
    • Les besoins en développement des capacités humaines. 
  • Événements à venir

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