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    Renforcer notre réseau

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2002

    Lors du Forum exécutif 2001, en septembre dernier, nous avons demandé aux participants si leur réseau fonctionnait bien. Ils auraient pu nous retourner la question, et notre réponse eût été: «Oui, parfaitement.»

    Le Forum exécutif sur les stratégies nationales d'exportation a démarré en septembre 1999; il s'agissait d'une expérience dont le thème était la coopération technique Sud-Sud. Sur les rives du Léman, nous avons réuni les stratèges et hommes d'affaires en vue en provenance de 30 pays en développement et économies en transition pour trois journées de réflexion et de discussion. Nous espérions formuler des orientations pour l'élaboration et la gestion d'une stratégie nationale d'exportation. Dans un monde du commerce où les gros poissons mangent les petits, mais où les poissons les plus rapides laissent loin derrière les plus lents - gros ou petits -, nous avons pensé qu'œuvrer ensemble permettrait peut-être d'équiper les poissos les plus lents d'instruments stratégiques pour accélérer leur rythme, et de les aider à prendre la bonne direction.

    Le CCI possède une longue expérience pratique avec les pays en développement, fournissant aux cadres des institutions d'appui au commerce, publiques ou privées, les outils et l'information nécessaires au soutien des compagnies locales pour mieux exporter. Nous avons obtenu de bons résultats dans la fourniture de données et dans l'étude des marchés, la mise en œuvre de politiques et de kits de formation. Tout cela se déroule en étroite collaboration avec les institutions des pays partenaires, de sorte que nous ne nous contentons pas de transmettre des connaissances, mais nous utilisons et renforçons les compétences locales dans le cadre d'un véritable partenariat. Nous ne pouvons pas agir seuls; dans bien des cas, nous travaillons avec d'autres membres de la famille des Nations Unies.

    L'approche produit-réseau

    Nous ne nous limitons pas uniquement à soutenir la compétitivité avec nos outils; nous nous assurons aussi que l'institution nationale d'appui au commerce reçoit le soutien nécessaire pour adapter nos outils à la réalité nationale. Telle est notre approche produitréseau, et ça marche! Fin 2001, des réseaux spécialisés par produits fonctionnaient dans plus de 120 pays en développement et économies en transition.

    Le Forum exécutif représente une autre étape de cette approche. Il a pour objectif de façonner les instruments d'appui et de concevoir des scénarios de mise en œuvre des meilleures méthodes du point de vue stratégique. Le Forum exécutif en soi a démontré un esprit innovant, car il visait plus les théoriciens que les praticiens, et nous avons volontairement réuni les experts gouvernementaux et des institutions d'appui au commerce ainsi que les leaders des milieux d'affaires: nous nous étions rendu compte que ce n'était pas suffisant de rassembler les dirigeants de la promotion commerciale, car ils ne jouent pas le rôle principal dans l'élaboration des stratégies.

    Par ailleurs, nous savons qu'ils sont des acteurs clés dans la mise en œuvre de la stratégie, et qu'ils doivent par conséquent agir le plus tôt possible dans ce processus, tout comme les milieux d'affaires. Nous reconnaissons aussi que nos partenaires dans les pays en développement et en transition n'ont pas uniquement besoin de directives pour appliquer une stratégie; ils possèdent une expérience sur le terrain à faire connaître. À cet égard, il fallait que le CCI puise dans ces connaissances pour savoir en quoi il pouvait être utile lors de l'élaboration d'une stratégie nationale. Dans ce qui est devenu un modèle pour les Forums exécutifs suivants, l'accent a été mis sur l'analyse, le partage des expériences et le travail en réseau. Nous avons également évité d'émettre des normes.

    Changer l'idée de la promotion commerciale

    Le premier Forum exécutif, avec pour thème «Redéfinir la promotion des échanges commerciaux: Nécessité d'une réponse stratégique», fut en quelque sorte un essai car, alors, la stratégie en vue de la promotion des échanges ne représentait pas une priorité aux yeux des pays en développement. Trois ans après, très peu d'entre eux ont d'ailleurs mis en place une stratégie nationale d'exportation. Pourtant, au sein des organismes de promotion des échanges et de soutien au commerce, les spécialistes s'aperçoivent graduellement que l'approche stratégique devient incontournable.

    Comme point de départ à la discussion, nous avons présenté plusieurs études de cas illustrant les stratégies éprouvées que certains pays industrialisés ou en développement (la Finlande ou les Philippines) ont adoptées. Tout cela était disponible à la consultation sur notre site internet ( http://www.intracen.org/execforum) bien avant la date de la réunion. De telles leçons sont toujours d'actualité et ces études se trouvent encore sur notre site.

    Redéfinir les rôles et les stratégies

    Ces trois journées de discussion ont montré que, pour rester dans la course au sein de cet environnement en constante évolution, il faut redéfinir les stratégies nationales et les institutions de promotion du commerce doivent assumer de nouveaux rôles. Pour être efficace, une stratégie nationale d'exportation doit s'intégrer largement dans le cadre général de la planification économique. Elle ne devrait pas se limiter au développement de certains créneaux commerciaux internationaux; elle devrait inclure la tâche à long terme de créer un contexte national de compétitivité apte à susciter une culture d'exportation, une compétitivité commerciale pointue et à développer de nouvelles industries d'exportation. Cette expérience fut couronnée de succès. La pertinence d'une stratégie d'exportation touchant des problèmes à l'intérieur et à l'extérieur des frontières fut établie. La notion de réseau mondial de stratèges était née.

    Augmenter la portée du Forum exécutif

    La révolution que représente le numérique au plan mondial pose un problème évident aux stratèges des économies en développement et en transition. Pour certains, le fait même de se faire une idée générale sur le commerce électronique mondial était difficile; qu'en est-il alors des prévisions à terme ou des stratégies en vue de sensibiliser les exportateurs et de les former au commerce électronique?

    «Le développement des exportations dans l'économie numérique», tel fut le thème développé lors du Forum exécutif 2000; à cette occasion, le réseau du CCI s'est ouvert aux experts nationaux chargés d'élaborer des stratégies concernant les télécommunications. Autre passage marquant: nous avons nous-mêmes mis en pratique l'électronique en vue de stimuler et d'élargir la couverture de notre réseau. Plusieurs forums de discussions en ligne ont été organisés pour appuyer le débat au sein de la réunion. Quelque 600 participants issus de 85 pays se sont joints à nous. Ainsi, une simple rencontre a donné lieu à la création de tout un réseau de professionnels intéressés. Et ce modèle pourrait être appliqué à d'autres activités du CCI, telles que la Table ronde des milieux d'affaires tenue lors de la Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA) de mai 2001 à Bruxelles (Belgique).

    S'assurer que le réseau contribue à la promotion du commerce

    Suite logique des thèmes traités précédemment, le Forum exécutif 2001, s'est attaqué à la mise en œuvre de la stratégie. En effet, la formulation concrète de la stratégie est primordiale. Il est également essentiel de s'assurer qu'elle aborde les grands changements à mettre en place dans la pratique, tels que le commerce électronique. Mais il faut s'engager pour que la stratégie soit effectivement appliquée. Votre réseau commercial fonctionne-t-il? Telle fut précisément la question posée lors du Forum exécutif 2001.

    Différentes approches nationales furent analysées à ce sujet. M. David Syz, du Secrétariat d'État à l'économie (seco) de la Suisse, a mis en avant le retour de la responsabilité des services d'appui au commerce au secteur privé.

    Côté canadien, on nous a décrit comment le Gouvernement fédéral a segmenté la communauté des affaires en trois catégories d'exportateurs, potentiels, en préparation et expérimentés, et a établi des réseaux institutionnels distincts pour chaque groupe, reliés entre eux électroniquement.

    Vers l'internationalisation

    L'élément clé relevé lors de chaque discussion a été que, en matière de promotion commerciale, un modèle unique ne convient pas forcément à toutes les solutions stratégiques de développement. Les responsables doivent se tenir informés de toutes les options et se poser par exemple les questions suivantes. Qui devrait se charger de coordonner le réseau national d'appui au commerce? Comment financer ce réseau? L'approche dite du guichet unique (ou, sur l'internet, de l'écran unique) constitue-t-elle un modèle valable? Le commerce et l'industrie devraient-ils être unis au sein d'un seul et même réseau?



    Les nouvelles tâches des OPC nationaux
    Les organismes nationaux de promotion du commerce doivent mettre en place une nouvelle série de services ou faciliter les institutions qui fournissent ce type de services. L'orientation de tels programmes doit notamment:

    • développer la compétitivité globale des entreprises, plutôt que d'augmenter les ventes à l'exportation immédiates;
    • soutenir les associations sectorielles et les groupements d'entreprises, plutôt que de se concentrer sur des firmes isolées;
    • apporter un appui à long terme, plutôt qu'une aide ponctuelle;
    • renforcer les capacités tant au niveau de la production que de la gestion, plutôt que de se consacrer uniquement à la commercialisation, et
    • promouvoir l'acquisition de technologie, l'investissement et la sous-traitance, plutôt que de se limiter à «expédier des marchandises à l'extérieur."
    • Extrait de Redéfinir la promotion des échanges commerciaux: Nécessité d'une réponse stratégique (2000).



    Riche échange d'idées

    Le Forum exécutif 2001 s'est révélé une véritable réunion d'affaires, avec des groupes nationaux qui participaient à des ateliers pour définir leurs priorités, leurs besoins et leurs objectifs ainsi que les mesures à prendre. Il a représenté plus qu'un simple débat. Comme nous l'avions prévu, un riche échange de vues a eu lieu entre professionnels. Un participant a même émis que, avec le Forum exécutif consacré à la stratégie, le CCI avait réussi à faire d'un art une science.

    Nous n'en sommes pas encore là, mais nous avons certainement encore élargi notre portée. Le Forum exécutif 2001 a été suivi, fin novembre, par le Forum exécutif régional à Nairobi, au Kenya. Les vues sur les meilleures méthodes mises en avant lors des précédents Forums exécutifs ont été exposées à des participants issus de huit pays d'Afrique orientale et australe, ce qui a généré à son tour des réactions au sujet du soutien aux organismes de promotion commerciale en vue de mettre en place des stratégies efficaces.

    Les enseignements

    Ce numéro de Forum porte nos efforts plus avant; il ne s'agit pas seulement de rapporter les Forums exécutif et régional, mais plutôt d'esquisser un panorama des enseignements en matière de promotion du commerce, au niveau du simple artisan comme à celui de la stratégie. Il offre également des flashes sur des expériences nationales ou relatives à certains secteurs ou entreprises, qui peuvent aider nos lecteurs à comprendre les questions en jeu et à appliquer les idées.

    Nous nous sommes réjouis de savoir qu'ils se sont déjà servis de l'information fournie par notre revue pour dénicher des créneaux sur les marchés internationaux, et nous serions heureux si ce numéro pouvait contribuer aussi à améliorer le commerce dans les économies en développement et en transition.

    Ainsi, le Profil du marché du présent numéro est consacré aux produits de l'artisanat, un secteur où tant les pays riches que les moins favorisés possèdent leur propre production. Si l'approche est juste, il est possible, voire facile, pour cette activité de mettre en place un réseau efficace.



    Quelques éléments pour assurer la compétitivité nationale
    • Un environnement macroéconomique stable et prévisible, caractérisé par de bas déficits budgétaires, un contrôle strict de l'inflation et des taux de change réels compétitifs.
    • Un régime commercial et industriel favorable au marché et orienté vers l'extérieur, mettant l'accent sur la réduction des contrôles à l'importation et des droits de douane.
    • Une stratégie d'investissement étranger dynamique qui vise concrètement quelques secteurs et pays hôtes, envisage les bureaux de promotion à l'étranger sous la forme de partenariats public-privé et apporte des encouragements à l'investissement et des processus d'approbation des investissements rationnels.
    • Un investissement durable en capital humain à tous les niveaux (notamment dans le secteur tertiaire scientifique, les technologies de l'information et la formation en ingénierie) et dans la formation en entreprise (y compris l'aide aux associations sectorielles pour le lancement de programmes de formation, de campagnes d'information en vue de sensibiliser les entreprises aux retombées positives de la formation et aux réductions fiscales liées).
    • Un soutien technologique étendu pour la gestion de la qualité, l'amélioration de la productivité, la métrologie et les services techniques aux PME (y compris des bourses pour obtenir la certification ISO 9000), la création de centres de productivité et la commercialisation d'institutions publiques technologiques.
    • L'accès à un financement industriel étendu à des taux d'intérêt concurrentiels grâce à une gestion prudente de la politique monétaire, la concurrence dans le secteur bancaire, la formation du personnel bancaire dans l'évaluation des risques de prêts aux PME et des prêts de faveur pour les PME.
    • Une infrastructure efficace et bon marché pour le transport aérien et maritime, les télécommunications, l'accès à l'internet et l'électricité.


    Contribution au Forum exécutif 1999 de M. Ganeshan Wignaraja, du Secrétariat du Commonwealth, Londres.).



    Nouveautés: un livre et un CD-ROM

    Dans une publication à venir traitant de problèmes stratégiques plus complexes, nous nous étendrons sur ce thème. Il s'agira du troisième ouvrage de la série consacrée au Forum exécutif; il inclura un CD-ROM destiné aux stratèges, simple d'utilisation, contenant des renseignements utiles sur les trois Forums déjà tenus. Avec de tels produits, nous espérons pouvoir étendre l'idée de réseau au-delà des institutions d'appui au commerce et amener les entreprises et les autorités planificatrices à développer et à mettre en place des réseaux stratégiques.

    Nous sommes convaincus que, sans un réseau qui entretient un dialogue continu, tout effort de promotion commerciale, surtout si elle vise la réduction de la pauvreté - ce qu'exigent un nombre croissant d'organisations donatrices -, est voué à l'échec. Nous préférons naturellement la réussite; ainsi, à l'avenir, le processus du Forum exécutif sera élaboré de manière à aider les économies en développement et en transition à prendre cette voie. Pour arriver à ce résultat, nous allons travailler notre réseau et le faire travailler.

    Le Secrétariat d'État à l'économie (seco) de la Suisse a été notre partenaire lors des deux derniers Forums exécutifs. Je tiens à l'en remercier publiquement. En effet, le seco occupe une place centrale au sein du réseau du CCI.

    M. J. Denis Bélisle est le Directeur exécutif du CCI.

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