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    PMA: Mythe et réalité

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 3/2001

    L'image des PMA change pour le meilleur lorsqu'on l'observe de plus près.

    L'analyse de marché entreprise par le CCI en vue de la Table ronde des milieux d'affaires (BSRT) a montré que certaines généralisations sur les pays les moins avancés (PMA) sont des mythes, des présomptions fondées sur une réalité dépassée.

    D'autres assertions ne se sont avérées que comme moyennes statistiques, mais pas dans les cas régionaux ou nationaux, et encore moins quand il s'agissait de sociétés prises individuellement. Nous avons découvert que l'image sombre des PMA change parfois radicalement si l'on considère séparément chaque région, pays, secteur, activité, société...

    En général…

    Les PMA ne possèdent ainsi qu'«une part marginale… du commerce mondial» (environ 0,54%), comme le Programme d'action pour 2001-2010 adopté par la Conférence des Nations Unies à Bruxelles le relève. Et la plupart des PMA ont vu leur part diminuer drastiquement en 2000 s'ils n'étaient pas producteurs de pétrole.

    En y regardant de plus près…

    Les échanges internationaux sont cependant importants pour les PMA, et même beaucoup plus qu'on ne l'imagine. Les exportations de marchandises des PMA se montaient à US$ 36 milliards en 2000. Au total, le commerce de marchandises (importations et exportations) représente environ 40% du produit intérieur brut (PIB); il fournit de nombreux emplois. Les échanges internationaux sont donc importants pour les PMA tant pour le développement et que pour les affaires.

    En général…

    Le commerce des PMA subit un déclin à long terme.

    En y regardant de plus près…

    Il se remet à présent de l'effondrement qu'il a connu durant la première moitié des années 90. Il faut reconnaître toutefois qu'il a été largement tributaire des exportations de pétrole. En Afrique, les pays non exportateurs de pétrole ont vu leur part du commerce mondial se rétrécir progressivement. Et la détérioration des prix des exportations des produits de base s'est fait durement sentir au cours de la deuxième moitié des années 90.

    Les résultats globaux décevants du commerce des PMA en termes de valeur - en volume, les exportations ont augmenté - ne devraient pas éclipser les immenses efforts que la communauté des affaires de ces pays fournit pour combattre cette tendance. Ces sociétés ont obtenu des résultats dans l'adversité; sans ces efforts la situation serait bien pire.

    En général…

    Les PMA dépendent des exportations de denrées non transformées.

    En y regardant de plus près…

    Notre étude montre que les articles manufacturés représentent plus de la moitié des exportations des PMA non exportateurs de pétrole, et non les produits de base. Ainsi, en Afrique, la valeur des exportations de produits manufacturés en 1999 étaient plus élevée que les revenus découlant de l'exportation de denrées alimentaires ou de produits de base non alimentaires. Comparé à 1995, cette quantité n'a pas décliné. Quant aux PMA non africains, leurs exportations d'articles manufacturés constituent nettement une force pour l'expansion des exportations. Dans la seconde moitié des années 90, elles ont augmenté de plus de la moitié, pour atteindre US$ 7 milliards.

    En général…

    Il n'existe qu'un potentiel limité pour les échanges intrarégionaux étant donné les similitudes des structures d'exportation. En d'autres termes, les pays en développement sont plutôt des concurrents entre eux que des marchés.

    En y regardant de plus près…

    En Afrique les échanges intrarégionaux ont augmenté substantiellement durant les années 90. Le commerce intrarégional au sein du Marché commun de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe (COMESA) a crû deux fois plus vite que les échanges avec l'extérieur. Fin 1998, 102 accords notifiés au GATT/OMC étaient en vigueur, plus de la moitié d'entre eux dès 1990. Dans l'ensemble, les accords les plus récents ont une meilleure couverture et s'étendent, au-delà des concessions tarifaires, à des domaines nationaux; certains accords s'appliquent également au secteur des services.

    En général…

    Le commerce des services est souvent considéré comme l'apanage des pays à revenu moyen et élevé.

    En y regardant de plus près…

    Les PMA obtiennent plus de la moitié de leurs revenus du commerce extérieur grâce à l'exportation de services. Le tourisme est important, mais ne représente pas l'unique source de revenus. Les statistiques officielles subissent généralement une distorsion en raison des transferts, mais on sait que les services commerciaux apportent plus de US$ 1 milliard aux PMA. En réalité, le niveau des exportations de services commerciaux des PMA est probablement plus élevé. Depuis 1990, la croissance de ces exportations en provenance des économies en développement est 50% plus forte que celle des marchés développés - 10,5% contre 6,9% de croissance annuelle moyenne. Les pays en développement comptent déjà pour environ un quart des exportations mondiales de services commerciaux; cette part va probablement continuer à augmenter.

    En général…

    Les exportations des PMA sont supposées insuffisantes pour financer les importations.

    En y regardant de plus près…

    En 2000, nous avons pu constater que les exportations couvraient 80% de la valeur des importations. Ce chiffre a augmenté à partir de 1993. Le problème touche plutôt les pays non exportateurs de pétrole. Cependant, ils ont continué à financer environ la moitié de leurs importations par leurs exportations.

    En général…

    Les barrières non tarifaires semblent affecter principalement les pays exportateurs avancés, qui vendent des produits manufacturés et finis.

    En y regardant de plus près…

    Les PMA ont été beaucoup plus touchés par les obstacles liés à l'environnement que les autres pays en développement. Le tableau ci-dessus indique qu'en 1999 plus de 90% des exportations de Kiribati et de la Gambie - et presque 80% de celles du Cambodge et de la Somalie - ont été affectées par les barrières relatives à l'environnement.

    En général…

    La faiblesse structurelle des PMA signifie que leurs exportateurs se cantonnent en queue de la liste de la compétitivité mondiale.

    En y regardant de plus près…

    Les témoignages de réussites relatés lors de la Table ronde des milieux d'affaires ont clairement démontré que les PMA ont pénétré des marchés à forte croissance comme ceux du tourisme et des services commerciaux. De nombreux entrepreneurs clairvoyants se sont arrangés pour rendre leurs activités et leur pays hautement compétitifs.

    Notre analyse démontre ainsi que presque tous les PMA possèdent leurs chefs de file, au niveau d'un secteur ou d'une entreprise, et leur situation au sein de l'économie mondiale laisse supposer qu'il existe encore beaucoup de place pour les entreprises dynamiques.

    Pour les gouvernements, la tâche consiste à favoriser un contexte propre à banaliser les réussites. C'est précisément ce que le processus de la table ronde a cherché à encourager avec une image plus positive des conditions des PMA. L'étude des marchés de ces pays et de leurs secteurs d'activité se trouve sur notre site internet http://www.intracen.org, sous «Country Approach».

    Friedrich von Kirchbach est Chef de la Section d'analyse des marché du CCI (kirchbach@intracen.org).


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