•  home fr
  •  

    L'externalisation à l'échelle mondiale

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2004 

    L'externalisation à l'échelle mondiale profite à plusieurs pays en développement et en transition. C'est aussi un changement de structure fondamental dans l'entreprise.

    Certaines économies en développement et en transition ont enregistré des améliorations dans le niveau de vie lorsqu'elles fournissent au monde industrialisé des biens et services qu'il n'est plus rentable de produire où la main-d'œuvre est chère. Pour les entreprises des pays industrialisés, la tendance actuelle va de l'externalisation à l'externalisation extraterritoriale (offshoring), voire à l'échelle mondiale (worldsourcing).

    L'externalisation consiste à transférer des tâches exécutées auparavant au siège vers une firme extérieure en vue de diminuer les coûts, de profiter de l'expertise des autres et de se concentrer sur ce que chacun sait faire le mieux. Cela n'est pas nouveau et se produit partout dans le monde. L'externalisation extraterritoriale est le néologisme utilisé pour dédigner des opérations qui sont transférées d'un pays à un autre. L'externalisation extraterritoriale a généralement été considérée comme une stratégie visant à réduire les coûts de la main-d'œuvre, mais elle est utilisée à présent pour pénétrer dans les marchés émergents ou pour profiter de centres d'expertise, tels que ceux de développement de logiciels en Inde. Le Japon s'est par exemple souvent servi de l'externalisation extraterritoriale pour s'installer sur les marchés fermés des États-Unis ou de l'Europe.

    Aujourd'hui, les fonctions de l'entreprise qui peuvent être exécutées offshore vont des centres d'appel aux opérations de back-office (arrière-guichet) telles que comptabilité et taxation. Elles incluent même la recherche et le développement. Jusqu'à présent, le processus s'est fait petit à petit. Mais, la technologie aidant, il est estimé que l'externalisation, au niveau tant national qu'extraterritorial, va s'étendre rapidement à l'avenir.

    Cette tendance tire l'échelle des compétences vers le haut, de la main-d'œuvre non qualifiée vers les professionnels des services.

    Devenir un producteur d'innovation



    Les économies en développement ne doivent pas compter sur l'externalisation comme une source de revenu permanente, à moins que le pays s'oriente lui-même vers l'innovation, recommandent les spécialistes.

    «Ce qui est externalisé aujourd'hui sera remplacé par la technologie demain», prédit Michael Fleisher, de la société de conseil américaine Gartner, Inc.

    Son homologue John Adams, de la société Exult, pense que les centres d'appel - qui sont les principaux services high-tech externalisés -pourraient être dépassés d'ici à quelques années par la technologie de l'«apprentissage vocal» actuellement en développement. Soumitra Dutta, Professeur et Doyen du Comité académique de l'INSEAD (Institut européen d'administration des affaires), sis à Paris, avance que, pour l'industrie des logiciels en Inde, l'une des réussites applaudies dans la compétition des pays en développement au niveau de la haute technologie, la question se pose si elle va suivre l'exemple de l'industrie automobile japonaise et passer du rang de simple fournisseur de produits high-tech à celui de producteur d'innovations en tant que telles.

    Points de vue divergents



    Pendant ce temps, le passage croissant des tâches administratives vers les pays en développement génère de l'insécurité. Certains cadres commerciaux occidentaux parlent de «tournant dans l'histoire», ou même de «redistribution de la classe moyenne» du monde riche vers les nations défavorisées. D'autres pensent que ces craintes sont exagérées. Stephen Kobrin, Professeur de gestion multinationale à l'Université de Pennsylvanie (États-Unis), ironise: «Ce sujet reçoit plus d'attention quand ce sont les postes des diplômés de la Wharton School - institution où il enseigne - qui sont affectés.» Nandan Nilekani, d'Infosys Technologies, en Inde, relève que la technologie et les processus utilisés par les sociétés productrices de logiciels indiennes viennent tous de l'Occident: cette externalisation extraterritoriale est le résultat de décisions prises dans les pays occidentaux. Pour l'économie indienne, les avantages ne se limitent pas uniquement à la création d'emplois et à la signature de contrats, mais «l'Inde a été aiguillonnée par l'Occident pour devenir un marché libre», plaisante-t-il. Les retombées locales peuvent donc finalement engendrer des produits et services entièrement développés en Inde.

    Francis Mer, alors Ministre français de l'économie, considère l'aspect de la réduction de la pauvreté et du développement liés à l'externalisation extraterritoriale. «Soit nous (la communauté internationale) acceptons que ces nouvelles règles impliquent des mouvements en faveur des autres, soit nous verrons que les pays refuseront de jouer le jeu.»

    Finalement pourtant, comme Jeffrey Joerres, de Manpower, le remarque, si une entreprise peut survivre en externalisant certaines tâches, cela en vaut la peine.

    Repenser les sociétés



    L'externalisation à l'échelle mondiale va certainement changer la nature des sociétés. Au fur et à mesure que les technologies numérisent les processus et les rendent plus mobiles et virtuels, les sociétés vont se restructurer, selon les prédictions de Carly Fiorina, PDG de Hewlett-Packard. Les firmes, avec actuellement une structure de direction verticale, vont adopter peu à peu une organisation horizontale fondée sur les partenariats. Les compagnies seront aussi tenues d'adopter de nouveaux comportements. L'intérêt bien compris de chacun va obliger les compagnies à mobiliser leurs différentes communautés plus à fond, mouvement qui va permettre de développer les marchés, les employés et les partenariats.

    Michael Porter, de la Havard Business School, voit le contexte élargi de ces grandes tendances catalyser l'évolution de la société. La première tendance est le glissement de la demande mondiale vers les pays en développement; la deuxième réside dans les progrès technologiques, et la troisième est la démographie, qui raréfie la main-d'œuvre, spécialement parmi les salariés hautement qualifiés.

    Comment les sociétés vont-elles réagir? M. Porter identifie quatre changements principaux.
     

    • Premièrement, les compagnies vont lutter pour se distinguer au niveau de l'innovation, et non de leur taille ou diversification.
    • Deuxièmement, elles vont étendre leurs chaînes de valeur, mais elles investiront plus et de manière déterminante dans moins d'endroits.
    • Troisièmement, le manque d'employés qualifiés va forcer les sociétés à être attentives à motiver et garder leurs employés.
    • Quatrièmement, comme l'affirme Mme Fiorina, les sociétés devront répondre plus efficacement à la communauté où elles agissent.




    Le CCI identifie des possibilités d'externalisation





    • La publication du CCI Les opérations de back-office offshore explique comment les prestataires de services des pays en développement peuvent tirer parti des nouveaux débouchés liés à l'externalisation et aux progrès technologiques qui permettent d'offrir des services extraterritoriaux. Cet ouvrage est destiné aux responsables du développement économique, aux agences d'investissement et aux prestataires de services d'appui qui désirent étendre leurs opérations de back-office.




     

    Veuillez contacter Doreen Conrad (conrad@intracen.org), Chef du Groupe du commerce des services du CCI.
     


     

    • Le CCI et son partenaire de projet national ASAFE (Association pour le soutien et l'appui à la femme entrepreneur) proposent une formation sur les opérations de back-office en vue d'aider les femmes chefs d'entreprise du Cameroun à profiter des débouchés offerts dans cette activité.



     

    Veuillez contacter Lilia Naas (naas@intracen.org), Administratrice principale du CCI en promotion du commerce.
     


     

    Articles de Forum sur le sujet 

    • Les opérations de back-office
    • Comment les exportateurs de services innovent
    • Les avantages compétitifs d'un pays


    Ces articles et plus d'information sont disponibles sur le site internet de Forum (http://tradeforum.org).
     


     

    Prema de Sousa 






     

    Wayne Ellis est Directeur commercial de Rain Bird Corporation, New Jersey, États-Unis. Depuis 1999, il est chargé de la rédaction des procès-verbaux lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial.
     


     


     

     
recherche