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    Les gouvernements peuvent stimuler l'innovation

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 3/2003

    Une interview de Vinod K. Aggarwal, Université de Californie, Berkeley

    S'ils veulent créer de bonnes conditions pour l'innovation, les gouvernements devraient promouvoir l'alphabétisation électronique et les marchés financiers, et mettre en place une infrastructure légale et technique adéquate.

    Q Pourquoi certains pays comme l'Inde parviennent-ils à s'intégrer aux secteurs commerciaux en croissance basés sur les connaissances (comme les logiciels) alors que d'autres y échouent?

    R L'accès à une main-d'œuvre bon marché et à des matières premières n'entraîne pas forcément la réussite commerciale. Au contraire, comme l'exemple indien le prouve, les pays peuvent passer outre les théories classiques d'un commerce statique et acquérir un avantage comparatif en exploitant le domaine des nouvelles technologies. Le rapide développement de l'Inde semble être le résultat de quatre facteurs principaux:

    • l'importance accordée à l'éducation, particulièrement dans les domaines de la technologie de pointe;
    • l'augmentation de centres d'apprentissage, tels que l'Institut indien de technologie, qui comptent parmi les hautes écoles les plus compétitives du monde, tout comme l'Institut national des technologies de l'information, qui se concentre sur la formation technique à grande échelle;
    • de bonnes connaissances d'anglais dans la classe moyenne, et
    • une forte émigration de personnes vers les États-Unis et ailleurs dans le monde, ce qui a conduit à des coentreprises et à l'externalisation des activités liées aux technologies de l'information (TI).
    Q Quels exemples illustrent le fait que les technologies de l'information et le capital humain sont essentiels à l'avantage concurrentiel pour les exportateurs sur le marché mondial?

    R La réussite économique de l'Inde, récemment, n'est pas un cas isolé, mais plutôt le premier exemple de la croissance de la nouvelle économie. Des pays tels que la Chine, la Corée, la Malaisie et Singapour ont aussi utilisé les TI et le capital humain pour construire des industries d'exportation compétitives. La comparaison entre ces pays et des nations riches en pétrole ou possédant d'autres ressources naturelles révèle que ceux qui ont réussi à développer leurs capacités dans les TI et à former une main-d'œuvre spécialisée expérimentent une croissance durable beaucoup plus forte que celles dont l'économie repose encore sur l'exportation de produits de base.

    Q Quel est le rôle du gouvernement dans l'appui à l'innovation?

    R Pour promouvoir stratégiquement la croissance, le gouvernement devrait se montrer à la fois stimulant et souple dans ses rapports avec les innovateurs. Plutôt que d'investir directement dans des entreprises d'État coûteuses et inefficaces, il devrait jouer un rôle plus nuancé. Comme les cas des États-Unis et de l'Asie orientale le montrent, les gouvernements peuvent encourager l'innovation en établissant les infrastructures physiques et virtuelles nécessaires aux industries naissantes.

    Bien qu'on ne se souvienne généralement pas du rôle du Gouvernement américain dans les débuts de l'internet, c'était l'ARPA, l'Agence pour les projets de recherche, créée par le Département de la défense américain, qui a été à l'origine de l'ARPANET. Puis l'internet est né, en tant que projet réunissant des experts issus du Gouvernement, des universités et des entreprises sur une scène qui ne fut pas le monopole de l'État.

    En Asie orientale, les autorités ont guidé la croissance économique grâce à l'implantation d'une infrastructure. Outre la création de zones d'industries d'exportation hors taxes et la construction de ports, de routes et de locaux, ces pays ont établi un cadre légal et technologique qui permet aux industries de prospérer. Singapour est à l'avant-garde de ces efforts incitatifs puisque, dernièrement, US$ 2,3 milliards ont été dépensés pour la construction d'un complexe destiné à des laboratoires de recherche et de développement dans le domaine biomédical. Singapour espère ainsi attirer investisseurs et spécialistes en offrant des emplois et des services dans la technologie de pointe au sein d'une structure légale libérale.

    Les gouvernements peuvent aussi stimuler l'innovation grâce à la promotion des marchés des capitaux. C'est le cas en Corée et au Japon, où les prêts directs peuvent être sans effets et ont souvent eu des conséquences économiques néfastes. La réussite du capital-risque aux États-Unis démontre que l'accumulation des ressources économiques fondée sur les marchés est une meilleure option, même si ce type de capital n'est pas la garantie du succès, comme le montre l'effondrement des sociétés fondées sur l'internet dès 2000.

    Q Quelles leçons pratiques peuvent tirer les dirigeants qui désirent faire profiter le commerce des technologies de l'information et de la communication?

    R Les gouvernements doivent véritablement intégrer les nouvelles technologies en élaborant un programme propre aux technologies de l'information et de la communication (TIC) qui convienne à leur industrie d'exportation. Les responsables peuvent avoir à l'esprit les pays qui utilisent les TIC comme référence mais, pour leur propre croissance, ils doivent aussi échafauder un programme relatif aux TIC qui réponde aux besoins spécifiques de leurs propres secteurs d'exportation. Au lieu de chercher à déplacer la production vers des produits liés aux TIC, ils peuvent se servir des TIC pour faciliter la croissance nécessaire à leurs industries d'exportation. Les TIC activent le commerce en diminuant les coûts de transaction associés aux services d'exportation tels que le transport, les assurances et les procédures douanières. Elles permettent également aux exportateurs de réunir de l'information, de promouvoir leurs produits, d'obtenir des contrats et de faciliter l'embauche. Bien que la mise en place des TIC peut se faire de diverses manières, les bénéfices qu'elles entraînent sont les mêmes, indépendamment du secteur d'activité et de la situation géographique.


    Vinod K. Aggarwal (vinod@socrates.berkeley.edu) est Professeur au Département des sciences politiques, Professeur associé de politique commerciale et publique à la Haas School of Business, et Directeur du Berkeley Asia Pacific Economic Cooperation Study Center de l'Université de Californie, Berkeley. Actuellement, il est membre associé du Woodrow Wilson Center for International Scholars, Washington, D.C. Il est le fondateur et le rédacteur en chef du journal Business and Politics. Le Dr Aggarwal tient à remercier Janna Bray de son aide, notamment ses recherches approfondies et ses commentaires.



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