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    Les dix dernières années au CCI…

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2004

    Pour toute agence de coopération technique, le secret de la réussite réside dans l'adaptation de ses programmes d'assistance aux besoins des clients et dans leur prestation efficace.

    Il y a dix ans, le paysage commercial mondial et de l'assistance liée au commerce a fondamentalement changé. La création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'apparition de l'internet et la concurrence mondiale se sont associées de telle sorte que les exportateurs des pays en développement et en transition se sont retrouvés face à des débouchés et des défis énormes. Pour pouvoir s'en sortir, ils se sont adressés avec empressement au CCI, leur partenaire de longue date. Et leurs besoins étaient grands. Pour y répondre, ce dernier nécessitait le soutien de donateurs, qui n'était pas forcément disponible, car il avait chuté. Les donateurs et les organisations parentes exigeaient des changements drastiques dans les opérations du CCI.

    Le CCI se trouvait à la croisée des chemins. Il devait examiner de près les nouveaux besoins de ses clients et la manière dont il gérait ses propres affaires. Il avait besoin d'une dynamique qui permette à l'organisation de comprendre les réalités commerciales sur les marchés mondiaux et d'apprécier les contraintes de l'offre de ses clients. Il avait besoin d'un programme pour redéfinir ses activités fondamentales sur la base stricte de ses avantages comparatifs, réinventer son approche du renforcement des capacités commerciales et augmenter la transparence et l'efficacité de sa gestion.

    Durant ces dix dernières années, le CCI a réussi à mettre en place les engagements de 1994. Il reste encore beaucoup à faire, mais de nombreux jalons sont en place.

    Une niche redéfinie

    Le premier pas fut un plan pour réorienter l'institution. Il mettait l'accent sur une orientation stratégique dirigée vers les clients, l'assurance qualité et la transparence. Entre 1995 et 1997, nous avons établi un nouveau «cadre de gestion». Nous avons restructuré le Bureau du Directeur exécutif pour qu'il assume les responsabilités de la stratégie de l'institution et l'assurance qualité dans la conception et la fourniture des programmes. Nous avons créé le Groupe de recherche et d'analyse (précurseur de l'actuelle Section d'analyse des marchés) pour suivre les tendances du marché et les flux d'exportation. Enfin, au sein de l'organisation, nous avons concentré les connaissances des produits par secteurs (principalement liés à l'agriculture) qui possèdent le plus fort potentiel d'exportation dans les économies en transition et en développement. Petit à petit, nous nous sommes concentrés sur les segments avec la plus forte valeur ajoutée.

    Parallèlement, nous nous sommes familiarisés avec un domaine important doté d'un potentiel inexploité: le secteur des services. À la fin des années 1990, nous possédions un programme actif pour promouvoir de l'exportation des services. L'approche, bien que spécifique au marché des services, suit l'orientation de l'approche du CCI concernant l'offre. Lentement mais visiblement, le CCI est passé de la promotion des exportations au développement des exportations. Nous avons ajusté l'esprit de l'organisation en passant de l'aspect de la commercialisation à une attention plus large sur les questions de compétitivité internationale.

    Orientation clients accrue

    Nous avons créé un groupe spécial dédié aux besoins en capacité commerciale des PMA. Lors de la Table ronde du secteur des affaires, à l'occasion de la 3e Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, tenue à Bruxelles en 2001, a été lancée cette nouvelle initiative pour aider le démarrage des exportations des PMA. Nous y avons invité 20 exportateurs des PMA ayant réussi, pour qu'ils puissent expliquer comment ils avaient su profiter des possibilités d'exportation pour leurs affaires malgré les contraintes auxquelles ils étaient soumis, et nous avons recueilli et diffusé les conclusions de ces entretiens.

    De plus, pour assurer de meilleurs liens avec les clients, nous avons mis sur pied des «bureaux nationaux» pour le développement de programmes dans la Communauté des États indépendants et d'autres économies en transition.

    Une gestion plus stricte

    Nous avons gagné du terrain en ce qui concerne les réformes organisationnelle et opérationnelle entraînées par le plan initial. Le Plan annuel d'opération, introduit fin 1990, a été renforcé par les outils du Projet de cycle de gestion, par un nouveau Système d'évaluation et de notation des fonctionnaires ainsi que, en 2002, par un Plan stratégique de trois ans. En 2003, nous avons mis en œuvre le système automatisé Portail de gestion des projets afin d'assurer l'application ponctuelle des projets sur le terrain et le Système intégré de gestion en vue de rationaliser l'administration et les procédures internes. Pendant dix ans, l'instauration d'une culture d'équipe fondée sur les résultats a été la priorité du CCI.

    Nouveaux produits et méthodes de prestation

    En 1998, le CCI a laissé de côté le renforcement de son organisation pour se consacrer à rééquiper ses programmes et à réorganiser son approche des prestations sur le terrain. L'adoption de l'approche de produit-réseau représente une étape décisive dans le développement technique du CCI.

    Le principe à l'origine de cette approche pose que le CCI devrait assumer une plus grande responsabilité dans le développement de ses propres «produits» d'assistance technique (par exemple les guides des «meilleures pratiques», les systèmes de formation et de conseil commercial, et les outils d'appui à la compétitivité et d'évaluation comparative) et compter sur les «réseaux» institutionnels pour les adapter aux exigences nationales et les proposer aux clients sur place. La continuité des relations sur le terrain a été mise en avant dans les efforts de renforcement des capacités du CCI. C'est ainsi que le CCI s'est institué comme agence technique et s'est repositionné non seulement en tant que fournisseur d'assistance technique mais aussi comme partenaire du développement commercial national.

    Dès la mise en place de l'approche de produit-réseau, le CCI a développé plusieurs outils et réseaux de collaboration allant deJuris international, base de données trilingue sur le droit commercial international pour les pays en développement, le Système de formation à la passation de marchés publics, le Système de gestion des entreprises pour les administrateurs d'entreprises, la série de guides pratiques commerciaux Les Clefs de… sur la gestion de la qualité, le commerce électronique, le commerce des services, la finance, etc. La plupart de ces outils sont conçus pour être adaptés en fonction du pays des partenaires, manière efficace et bon marché de contribuer au renforcement des capacités nationales. Le Compendium des outils, services et programmes du CCI et les Salons des outils de la compétitivité se fondent sur les outils cités plus haut.

    Le plus réussi de ces nouveaux produits est la série des Trade Maps (Trade Map, Market Access Map, Product Map, Country Map), un ensemble informatisé de statistiques destiné à aider les stratèges commerciaux, les institutions de développement commercial et les exportateurs à prendre les meilleures décisions sur la base d'une analyse stratégique de marché et de simulations. La série Trade Maps a aussi inauguré le fait que le CCI a commencé à vendre, et non à proposer gratuitement, certains de ses produits spécialisés.

    Renforcer les partenariats

    Les partenariats sont au centre des activités d'appui du CCI sur le terrain. Dès 1997, le CCI a formé le premier partenariat global d'assistance technique conjointement avec la CNUCED et l'OMC, le Programme intégré conjoint d'assistance technique (JITAP). En Afrique, ce programme vise à renforcer les capacités au sein du secteur public en vue des négociations de l'OMC et de la conformité, ainsi que l'appui au secteur privé pour qu'il sache profiter des débouchés commerciaux créés par le changement au sein du système commercial multilatéral.

    Le partenariat du JITAP, actuellement dans sa deuxième phase, a été suivi de plusieurs alliances avec des agences techniques ou financières, parmi lesquelles le Secrétariat du Commonwealth, l'Agence intergouvernementale de la francophonie, l'Organisation internationale de normalisation, le Conseil international des bois tropicaux, la Banque mondiale, le Centre de promotion des importations des Pays-Bas, le Secrétariat d'État à l'économie (seco) de la Suisse et, dernièrement, le Bureau de promotion commerciale du Canada.

    L'accent porté sur les partenariats comprend l'appui visant à renforcer ceux-ci entre les secteurs public et privé par la pratique: 1999 fut marqué par la première édition du Forum exécutif du CCI, une rencontre de trois jours dûment préparée pour débattre des stratégies nationales d'exportation, réunissant les hommes d'affaires en vue et les responsables gouvernementaux.

    La formule, visant à sensibiliser, à identifier les meilleures méthodes de développement des stratégies et à promouvoir le dialogue entre les secteurs public et privé, est devenue une manifestation annuelle, qui se tient à Montreux, en Suisse, grâce au soutien du seco.

    Flexibilité et synergie

    Depuis le milieu des années 1990, nous avons systématiquement favorisé l'approche du partenariat comme moyen de maximiser les synergies entre les fournisseurs d'assistance techniques et de flexibiliser les opérations du CCI sur le terrain. Cela a été couronné de succès.

    Premièrement, en 1998, plusieurs donateurs se sont mis d'accord pour contribuer à un Fonds global d'affectation spéciale (FGAS), à utiliser de manière flexible, pour répondre aux demandes spécifiques d'appui, pour mettre sur pied des interventions plus ambitieuses et pour financer des programmes à long terme avec la participation de plusieurs donateurs.

    Grâce au FGAS, la capacité du CCI à réagir rapidement et à assurer un engagement solide face aux besoins grandissants des économies en développement et en transition a été nettement accrue. Le nombre des participants au FGAS a augmenté depuis sa création.

    Les programmes à long terme financés par le FGAS incluent notamment le Programme de réduction de la pauvreté par les exportations qui met les exportateurs de communautés pauvres en contact direct avec les marchés d'exportation. Nous avons dirigé une approche novatrice dans huit pays, dans des secteurs tels que les épices biologiques, le café gourmet, la soie, le miel et le tourisme communautaire. Certaines des applications les plus récentes du Programme de promotion du commerce Sud-Sud, porte-drapeau du CCI, ont également bénéficié du FGAS, avec notamment la réussite du projet Acheter en Afrique pour l'Afrique, dans le domaine de l'approvisionnement de l'aide humanitaire, et Latin Pharma, en ce qui concerne le secteur pharmaceutique de l'Amérique latine.

    Deuxièmement, la priorité portée sur la création de partenariats comprend la participation du CCI à des «consortiums» d'assistance technique élargis, le plus notoire étant le Cadre intégré (CI), une alliance de six agences multilatérales (Banque mondiale, CCI, CNUCED, FMI, OMC et PNUD) qui œuvre au soutien de l'intégration du commerce aux plans de développement national généraux des PMA. Notre engagement dans le CI a généré une série de projets conçus pour renforcer les capacités nationales en vue de l'appui à la compétitivité du secteur des affaires.

    Troisièmement, des manifestations spécifiques telles que la rencontre biennale Meet in Africa, qui est devenue le principal forum pour l'industrie du cuir en Afrique, attirant des centaines d'exposants et des milliers de professionnels de la branche, illustrent tout à fait la synergie entre les acteurs économiques et le CCI.

    La défense des intérêts des entreprises

    Notre association toujours plus étroite avec la CNUCED et l'OMC pour nos activités d'assistance technique nous a rapprochés dans le domaine de la politique. En 1995, le CCI a publié, en coopération avec le Secrétariat du Commonwealth, Le Cycle d'Uruguay: Guide à l'intention des entreprises, qui explique au profane les accords et leurs incidences pour les milieux économiques.

    Cette publication nous a incités à nous engager davantage dans l'information destinée au secteur des affaires sur les effets secondaires des négociations de l'OMC, cela grâce au programme World Tr@de Net, financé par le FGAS. La Déclaration de Doha de 2001, suivie par la 4e Conférence ministérielle de l'OMC, a réaffirmé son soutien quant au «travail précieux du Centre du commerce international, qui devrait se renforcer». En conséquence de Doha, les demandes d'assistance adressées au CCI ont énormément augmenté, tout comme le soutien des donateurs, aboutissant à une augmentation de 70%, en dollars, de l'assistance technique apportée par le CCI durant la période de 2001 à 2003.

    En 2002, le CCI ne s'est plus contenté de dispenser de l'information et a pris la défense des intérêts des entreprises, établissant des positions nationales pour négocier dans le contexte de l'OMC. Pour ce faire, nous avons procédé principalement à une série de consultations régionales appelées Business for Cancún (Le monde des affaires et Cancún), ce qui a abouti, lors de la 5e Conférence ministérielle de Cancún en septembre 2003, à la participation de 49 équipes nationales de négociation comprenant des représentants des milieux économiques: une première, au dire de nombre d'entre eux.

    Priorité à la collaboration en ligne

    Si nous n'avons pas immédiatement adopté l'internet comme instrument pour fournir notre assistance technique, c'est chose faite à présent, et nos clients s'y sont mis aussi.

    En 2001, nous avons mené à bien notre Stratégie de développement du commerce par les moyens électroniques. Cela exigeait le recours accru à une collaboration en ligne comme moyen rapide et bon marché de fournir l'appui sur le terrain. Dès lors, le CCI a reformulé son site internet et s'en sert abondamment pour soutenir ses produits-réseaux et pour faciliter l'application de ses outils de compétitivité. Grâce à l'internet, nous avons étendu notre information publique et la portée de nos activités, proposant par exemple notre revue trimestrielle Forum du commerce en ligne, qui, partant de l'information commerciale générale, a commencé à divulguer un appui ciblé et efficace pour le renforcement des capacités.

    Notre stratégie électronique a aussi entraîné le lancement du programme E-Trade Bridge, conçu pour promouvoir le développement des capacités liées à l'électronique au sein de la communauté des affaires. Le Groupe du développement du commerce électronique a été instauré en 2002 afin de concrétiser l'accès à l'internet pour nos clients.

    Voir loin

    La libéralisation croissante du commerce génère à la fois difficultés et possibilités pour les clients du CCI, qui se concrétiseront dans les années à venir, ce qui va entraîner une demande accrue des services du CCI. Heureusement, cette demande viendra en son temps et, contrairement à il y a dix ans, le CCI bénéficie à présent du soutien solide de ses donateurs et est préparé à fournir des programmes de qualité, des outils et des services.

    Notre tâche consistera à optimiser l'usage des ressources. Un défi passionnant et, j'en suis sûr, savoir y répondre représentera un pas décisif pour le développement de notre organisation. À mon avis, la réussite dépendra de la capacité du CCI à interpréter les nécessités de ses clients, à demeurer un acteur de niche, à maintenir son dynamisme, son pouvoir de créativité et son approche commerciale, et à trouver les réponses adéquates sous deux aspects: d'abord améliorer constamment de l'expertise technique du Centre et son usage systématique, ensuite progresser dans l'information et la mesure des implications de ses activités. Le CCI, comme de nombreuses autres organisations de développement, a des difficultés à faire une évaluation réaliste de son travail. Il faut faire mieux.

    Quarante années de dur labeur dans le développement du commerce et un engagement continu en vue de contribuer au développement durable par le commerce, voilà ce que nous célébrons à l'occasion du 40e anniversaire du CCI.


    J. Denis Bélisle a été nommé Directeur exécutif du CCI en 1994.

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