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    La certification: aider les marchés à conserver les forêts du monde

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 2/2001

    Une plantation durable d'eucalyptus, espèce à croissance rapide, en Afrique du Sud.

    La certification volontaire de la gestion des forêts et les méthodes d'étiquetage du bois qui y sont associées sont progressivement acceptées comme moyen d'aider les marchés à contribuer à la conservation des forêts vierges tropicales ou autres.

    Proposée à l'origine par des organisations non gouvernementales de protection de l'environnement, au début des années 1990, la certification est apparue comme un moyen d'améliorer la gestion des forêts en établissant un encouragement économique pour exploiter durablement les produits de la forêt. Pour les producteurs, l'objectif est de faciliter l'accès aux marchés qui paient une prime pour les produits certifiés et de fournir un avantage promotionnel. Les principaux acheteurs de produits en bois appliquent de plus en plus de mesures privilégiant les produits en bois certifié. Toutefois, nombre de problèmes doivent être résolus avant que la certification devienne un instrument de promotion utile.

    Les forêts sous pression

    Dans les régions en développement, les forêts apportent de grands bénéfices économiques, sociaux, écologiques et même climatiques, en grande partie grâce à des plantations toujours plus vastes. Il est pourtant difficile de trouver un équilibre durable entre tous ces avantages, chacun d'eux ayant un coût.

    Dans ces régions, les méthodes d'utilisation du sol et d'exploitation des ressources ainsi que la pression démographique ont entraîné une déforestation au rythme annuel de 13,7 millions d'hectares au cours des années 1990. Certains pays d'Afrique et d'Asie ont perdu jusqu'à 70% de leur couvert forestier depuis 20 ans. C'est pourquoi survient une préoccupation croissante concernant la dégradation des écosystèmes forestiers et la perte de la biodiversité.

    Cette tendance négative ne peut s'inverser que si les populations locales appliquent leurs connaissances en vue de gérer leurs ressources de manière durable et qu'elles reçoivent une plus grande part des bénéfices commerciaux issus des produits forestiers. Le manque de clarté concernant la propriété des forêts demeure un obstacle à l'amélioration de la gestion dans de nombreux pays en développement.

    Si la certification et l'éco-étiquetage ne peuvent à eux seuls garantir la gestion durable des forêts, ils peuvent néanmoins y contribuer sérieusement. La certification et l'éco-étiquetage affectent principalement le commerce international, qui représente 15% à 20% du volume total de l'exploitation forestière. La décennie passée, l'orientation vers la certification s'est accrue et l'approvisionnement s'est étendu, bien que seuls 1% ou 2% de la production mondiale de bois soient certifiés. L'influence de la certification est plus large que ce qu'indiquent ces chiffres, puisqu'elle a marqué les méthodes de gestion de la forêt dans les zones non certifiées également. Toutefois, une politique gouvernementale efficace sur l'utilisation des forêts reste l'instrument essentiel pour assurer la durabilité de ces ressources limitées.

    Commercialiser la durabilité

    À l'heure actuelle, la certification et l'éco-étiquetage ont atteint le point de non-retour: ils sont utilisés dans la majorité des grands marchés internationaux. Leurs incidences pour la communauté forestière mondiale demeure malgré tout incertaine. D'abord, certains marchés sont nettement plus sensibles au respect de l'environnement. Ensuite, seuls quelques pays producteurs de bois sont vraiment dépendants des marchés d'exportation. Enfin, la certification est aujourd'hui en vigueur principalement dans des pays de l'hémisphère Nord, et non sous les tropiques auxquels elle était destinée. De plus, nombreux sont les pays en développement qui continuent de souffrir du manque de ressources financières, institutionnelles et humaines pour les mettre en application.

    Les zones certifiées croissent

    Malgré les incertitudes du marché, les systèmes de certification nationaux ont proliféré et les zones forestières certifiées se sont rapidement étendues dès le milieu des années 1990. Il existe environ 25 systèmes de certification appliqués dans le monde, comprenant près de 80 millions d'hectares de forêts certifiées. Aux États-Unis par exemple, environ 22 millions d'hectares ont été certifiés selon différents systèmes de gestion durable de la forêt. Plusieurs millions d'hectares ont été certifiés au Canada, en Finlande, en Norvège et en Suède. Les plus vastes zones certifiées sous les tropiques se trouvent en Bolivie et au Brésil, toutes deux couvrant plus de 1 million d'hectares.

    Une initiative régionale en vue de créer un système de certification commun a été avancée par l'Organisation africaine du bois. Le Système de certification forestière paneuropéen (Pan-European Forest Certification (PEFC) Scheme) possède la plus grande zone de forêts sous certification à l'heure actuelle - environ 32 millions d'hectares dont 22 millions en Finlande - et a créé un cadre pour une reconnaissance mutuelle des différents systèmes nationaux de certification. Le Forest Stewardship Council (FSC), pionnier dans la certification forestière fondée sur les résultats, a approuvé environ 21 millions d'hectares dans le monde.

    Les intermédiaires commerciaux, en particulier les magasins de bricolage en Europe occidentale, ont joué un important rôle catalyseur pour les produits certifiés. Depuis le début des années 90, certains groupes d'acheteurs, avec le soutien du World Wildlife Fund for Nature (WWF), se sont mis d'accord pour l'achat et la vente au détail de produits en bois certifié, malgré la rareté de ces produits à ce moment-là. Les groupes d'achat se réfèrent souvent aux conseils du FSC, car cette organisation internationale sans but lucratif, fondée en 1993, fut la première à établir des systèmes normatifs de certification pour l'industrie du bois.

    Position floue des consommateurs

    La position de la demande de produits en bois certifié n'est pas claire et trop peu étudiée. Une récente recherche faite au Royaume-Uni suggère que la demande est influencée plus par les magasins de bricolage que par les consommateurs individuels, qui donnent toujours la priorité à la qualité et au prix, plutôt qu'à la protection de l'environnement. D'autres enquêtes sur la consommation révèlent le peu d'enthousiasme à payer plus cher pour des produits certifiés. C'est une préoccupation pour le secteur du bois si les bénéfices de la certification ne compensent pas les coûts additionnels.

    Quels produits sont-ils certifiés?

    Les produits à base de bois de conifères ont plus facilement pu obtenir une certification que les bois de feuillus. Il existe plus de conglomérats, et plus grands, de producteurs de biens en conifères, qui commercialisent peu d'espèces issues de forêts moins complexes au niveau de l'écologie.

    Il en va autrement des feuillus tropicaux. Il est difficile d'assurer une disponibilité ininterrompue de feuillus tropicaux de qualité uniforme et d'assurer le niveau des volumes commerciaux. Cela est principalement dû au fait que les sources d'approvisionnement sont fragmentées. Les problèmes de propriété dans les pays en développement tropicaux créent une complication supplémentaire et font augmenter le coût d'application de la certification.

    Le bois de plantation comme l'hévéa ou l'eucalyptus ont fait des percées sur le marché, devenant ainsi les premiers bois de feuillus certifiés avec un volume suffisant pour s'installer sur un marché. Ils sont bien visibles sur les rayons des principaux magasins de bricolage européens et dans la construction, avec des bibliothèques en eucalyptus, des panneaux encollés et laminés, des meubles de jardin, des plate-forme, des revêtements de sols et produits similaires. L'hévéa est plus connu pour la confection de produits à valeur ajoutée élevée comme le mobilier, les ustensiles de cuisine et autres articles de décoration.

    Ces dernières années, la demande de produits en bois certifié a augmenté. Selon le FSC, près de 20 000 produits forestiers certifiés non ligneux et en bois ont été commercialisés, générant des échanges pour un montant d'environ US$ 1 milliard.

    Vers la reconnaissance mutuelle

    Avec la prolifération actuelle des systèmes de certification, seuls les consommateurs les mieux informés peuvent faire le bon choix parmi les multiples certificats et étiquettes.

    Comme les régions écologiques et les situations économiques sont distinctes dans chaque partie du monde, il est peu probable de parvenir à un seul système de certification pour tous. Les pays vont probablement concevoir leur propre système national de certification s'ils ne peuvent pas adhérer à un système déjà existant.

    Pourtant, producteurs et consommateurs ont véritablement besoin d'un cadre pour pouvoir reconnaître les systèmes les plus raisonnables et tenant compte du marché. Sans reconnaissance mutuelle, ou un arrangement quelconque, le danger existe de trouver des pratiques discriminatoires entre des produits en bois provenant de différents systèmes de certification ou de différents environnements.

    La reconnaissance mutuelle des systèmes de certification n'a pas encore trouvé de solution à ce jour, en dépit des récents efforts au niveau international dans cette direction. Des systèmes de certification forestière crédibles reconnaîtraient des systèmes équivalents, et l'usage d'étiquettes et de marques pourrait être envisagé. Pour les fournisseurs de produits certifiés, cela simplifierait radicalement l'accès au marché. Pour les consommateurs, cela apporterait une plus grande transparence, en diminuant la quantité d'étiquettes en concurrence sur le marché, parfois même frauduleuses.

    La Confederation of European Paper Industries (Confédération des industries du papier européennes) a élaboré une matrice de systèmes de certification. De son côté, l'International Forest Industry Roundtable (IFIR) a développé un cadre pour la reconnaissance mutuelle qui met l'accent sur les arrangements réciproques entre les systèmes de certification en vigueur en vue de reconnaître les normes et les procédures compatibles.

    La certification et l'étiquetage des produits en bois doivent être en accord avec les règles commerciales internationales. Au cas où elles entraîneraient des distorsions inéquitables dans les échanges, elles peuvent être attaquées dans le cadre de l'OMC comme barrières techniques au commerce. Pour prévenir de telles craintes, émises notamment par les pays industrialisés, la FAO, l'Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT) et l'agence de développement allemande Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit ont mis sur pied, en février 2001, un séminaire pour créer la confiance des parties intéressées dans les pays en développement.

    Vous pouvez joindre Jukka Tissari, Administrateur en développement des marchés, CCI, à l'adresse: tissari@intracen.org




    Que peut faire le CCI en matière de certification?

    - Procéder à des études de marché approfondies sur l'offre et la demande de produits en bois certifié et leur structure de prix.

    - Contribuer à la promotion commerciale générique des produits en bois certifié exportés par les pays en développement, en encourageant parallèlement la gestion forestière durable.

    - Mettre en application des programmes de certification sur mesure pour appuyer les entreprises pionnières.

    - Contribuer au renforcement des capacités et des institutions (organismes normatifs, institutions d'accréditation, etc.).


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