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    Innovation, spécialisation et crédit électronique pour les PME

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2002

    L'accès au financement demeure un facteur limitant pour les PME, surtout dans les pays en développement. Généralement, les banques leur refusent des prêts car elles sont perçues comme peu rentables et à risque. Pourtant, l'expérience montre que prêter aux PME peut se révéler avantageux et ne comporte pas plus de désagréments que le crédit aux grandes entreprises ou au secteur public.

    Trop souvent, les banques associent le risque au danger. Pourtant, n'importe quelle transaction qui nécessite un crédit implique la possibilité d'un échec. Au lieu de rejeter systématiquement les demandes des petites et moyennes entreprises (PME), les banques devraient apprendre à calculer les risques. En faisant preuve de plus d'esprit d'entreprise, elles pourraient aussi générer des profits avec ce type de clientèle. À cette fin, les banques pourraient viser à améliorer leurs compétences relatives à l'évaluation des risques. Une étude du CCI indique que tel était l'un des principaux inconvénients que les entrepreneurs prospères des pays les moins avancés (PMA) ont repéré avec les banques des pays en développement.

    Ces dernières adoptent des instruments spécifiques tels que les notations, qui permettent aux banquiers de calculer et de comparer les risques à des moyennes de référence. Ils introduisent une certaine objectivité dans l'analyse et peuvent faciliter la tâche des agents de crédit peu expérimentés. À leur intention, le CCI a développé un guide sur l'évaluation des demandes de crédits commerciaux ainsi que le logiciel The Score Card System. Ils proposent un instrument d'analyse des risques pour les personnes chargées des décisions de prêts.

    Pourquoi les prêts ne sont pas performants

    Les prêts non productifs sont parfois le résultat d'un manque de connaissances de la réalité commerciale. Pour en limiter l'occurrence, il est conseillé d'offrir aux PME, outre le prêt, un soutien commercial et des services de développement. Les responsables du crédit aux PME doivent connaître la clientèle, le marché et les contreparties financières impli-quées. Le financement doit être adapté aux habitudes, aux lois et aux règlements du lieu. Les services d'appui ne sont pas forcément gratuits et peuvent faire partie d'un arrangement global négocié avec le crédit.

    Les microentreprises représentent un secteur négligé depuis longtemps. Une nouvelle génération d'institutions financières a cependant conçu des produits destinés à les intégrer dans le flux des affaires. Toutefois, on comprend que les banques ne doivent pas forcément offrir des services spécifiques à tout le monde. Les instituts spécialisés vont concevoir et proposer des produits pour les PME et chercher des donateurs ou des programmes gouvernementaux pour établir une complémentarité et augmenter l'efficacité. De tels programmes vont exiger des banques qu'elles forment leur personnel. Cela n'est bien entendu possible que si la direction des banques s'engage pleinement et si les responsables du crédit reçoivent des encouragements liés au succès du portefeuille.

    Autres méthodes de financement

    Un cas exemplaire a vu le jour en Inde. Le Gouvernement indien a créé la Banque de développement des petites industries (SIDBI), ainsi qu'une institution plus grande, la Banque de développement industriel (IDB).

    La première a permis l'installation d'équipement pour les technologies de l'information, notamment des cybercafés et la télécommunication mobile, et les a rendus accessibles aux petites entreprises. Elle a aussi mis en place des fonds pour développer la technologie et la qualité. Ce type de projets peut aisément être reproduit dans d'autres pays en développement.

    Le capital-risque constitue une solution de rechange pour le financement des PME quand les banques ne peuvent pas intervenir, en particulier lorsque des exigences de garantie strictes ne peuvent pas être satisfaites. C'est également la seule source de financement quand les entreprises ont dépassé la phase de démarrage mais n'ont pas encore atteint leur complet développement. Le capital d'investissement pour les PME représente encore un marché sous-développé.

    Les fonds de capital-risque sont très sélectifs dans le choix des projets, et les sociétés orientées vers l'exportation sont souvent préférées. À ce moment-là, les transactions sont choisies après une analyse minutieuse de la situation et le rendement doit dépasser la moyenne du marché.

    Conseil et encadrement

    Il arrive que, lors des négociations pour l'obtention de capital-risque, soient proposés à des entrepreneurs de talent un encadrement et une assistance non financière. C'est le cas à ce jour dans certains marchés émergents - mais non dans les PMA -, et des compagnies telle que Lotus Holding, au Népal, annoncent de bons résultats grâce à leur approche de conseil et de services. En réalité, les moyens de financer les PME ne manquent pas; le problème réside plutôt dans la crainte du risque dont font preuve les banques et les institutions financières.

    Des services non financiers d'appui au crédit peuvent être obtenus auprès des banques ou dans le cadre de projets gouvernementaux ou privés de services d'appui. Parfois, les services commerciaux privés sont financés par les donateurs; ils peuvent ainsi apporter leur soutien à un prix abordable pour les PME. Un appui peut se présenter aussi sous la forme de programmes d'encadrement; ainsi, des cadres à la retraite sont parfois disponibles par l'intermédiaire de projets gouvernementaux aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Australie, qui combinent les compétences d'un expert et des coûts modérés. Dans certains cas, des programmes d'encadrement ont pris une part si active dans les nouvelles entreprises qu'ils ont pu agir en tant que garants auprès des banques. L'Inde est un bon exemple d'un contexte financier dynamique; fin 2000, le Programme de fonds de garantie de crédit a été mis sur pied en vue d'appuyer des prêts s'élevant à US$ 514 000.

    L'escompte des traites est un arrangement que nombre de pays utilisent pour remplacer le crédit et aplanir les difficultés liées à la garantie. Ailleurs, une assurance-crédit offre une solution intéressante. En Tunisie, grâce à l'élimination des exigences de garantie, Cotunace a amélioré la compétitivité des PME locales. Un tel exemple pourrait bien être repris dans la plupart des pays en développement.

    Carlo F. Cattani est Conseiller principal du CCI en financements commerciaux, dans le cadre d'un programme spécialisé en conseil commercial destiné à faciliter l'accès des pays en développement au financement; e-mail: cattani@intracen.org

    Le crédit électronique stimule l'expansion commerciale des pays en développement

    Les gouvernements et la communauté internationale ont un rôle important à jouer pour faire du crédit électronique une réalité dans les pays en développement. La priorité consiste à rendre l'accès à l'internet abordable. L'attention doit aussi se porter sur le renforcement des capacités des PME dans le domaine de la nouvelle économie. La tâche des gouvernements réside plus à progresser dans le partage de l'information qu'à s'engager par un investissement direct dans les entreprises.

    Une autre démarche importante de la part des gouvernements est l'introduction de règles en vue de créer un cadre compétitif fonctionnel. Il existe différents réseaux par lesquels passer pour le financement électronique, que ce soit un site portail, la poste ou les magasins. Les gouvernements doivent veiller à ce que la concurrence joue correctement. Voici quelques exemples de bon fonctionnement.

    Pride Africa et le microcrédit électronique Pride Africa est un réseau de microcrédit qui assure l'accès au financement à plus 80 000 PME au Kenya, au Malawi, en Ouganda, en République-Unie de Tanzanie et en Zambie. Son service d'information financière offre des possibilités de crédit aux entrepreneurs locaux. Avant la création de ce service, les entrepreneurs n'avaient aucun accès au crédit flexible en raison de règlements bancaires rigides et du monopole de l'information maintenu par les grandes compagnies et les gouvernements. À présent, Pride Africa fait le lien entre les microentreprises et le secteur de financement formel en cumulant les prêts et en en exerçant le suivi et la comptabilité. Les succursales de Pride Africa situées dans des zones à bas revenu vont être reliées par satellite à un réseau appelé DrumNet.

    SMEloans SMEloans répond aux besoins des PME de Hong-Kong. Cette société s'est dotée d'un service de prêts rapides (Express Loans) à concurrence d'environ US$ 128 000. Cela permet aux entrepreneurs d'obtenir immédiatement un prêt dans les minutes qui suivent. Ce n'est pas une institution spécialisée dans le microcrédit, car en réalité elle accorde des sommes modestes à la plupart des PME qui en font la demande. SMEloans offre aussi la possibilité d'emprunter plus de US$ 128 000; cela entraîne alors des procédures plus longues.

    La banque électronique La banque électronique peut également faciliter l'accès au crédit pour les PME. Elle représente l'avantage de diminuer les frais pour l'institution, ce qui augmente les profits sans qu'il soit nécessaire de relever les taux d'intérêt. Les établissements financiers des pays industrialisés adoptent petit à petit des systèmes de paiement par internet. Cependant, les pays en développement restent généralement en dehors de ces systèmes. Des progrès rapides dans ce domaine ne peuvent se produire qu'avec une approche globale du commerce électronique: le programme du CCI «E-Trade Bridge» peut apporter une structure de base sur laquelle les stratèges et les institutions d'affaires et d'appui, notamment les banques spécialisées, peuvent renforcer les compétences nationales en électronique.

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