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    Inde: intégrer le secteur informel à l'économie mondiale

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2003

    Avoir accès aux marchés internationaux est essentiel à la sécurité économique d'innombrables pauvres travaillant dans le secteur informel. Selon la SEWA, en Inde, ce secteur comprend des travailleurs à domicile, des vendeurs, des travailleurs manuels et des prestataires de services. Il s'élève à 70% du PIB et à plus de 40% des exportations. De la main-d'œuvre totale, les 93% travaillent dans le secteur informel,dont 60% de femmes.

    Œuvrant dans le secteur informel, l'Association des travailleuses indépendantes (SEWA: Self-Employed Women's Association) aide des milliers de femmes indiennes à subvenir à leurs besoins. Son succès national l'a encouragée à mettre sur pied le Centre de facilitation commerciale (STFC: SEWA Trade Facilitation Centre) pour aider les femmes à se lancer dans l'exportation. Cela a énormément stimulé les exportations et apporté sécurité et prospérité à la population rurale pauvre du pays.

    Les obstacles au commerce

    Parmi les obstacles que rencontrent les travailleuses indépendantes, il y a notamment:

    • les lois et coutumes discriminatoires contre les femmes;

    • l'accès limité au crédit;

    • le manque de bénéfices sociaux (assurance maladie et retraite);

    • le manque de crèches abordables;

    • un système de santé inadéquat;

    • le manque d'éducation et de formation, et

    • des connaissances insuffisantes des marchés d'exportation.



    Besoins financiers, sociaux et éducatifs

    Plusieurs organisations à l'intérieur de l'association se sont développées pour répondre à tel ou tel besoin, par exemple la SEWA Bank, l'une des coopératives les plus grandes, avec plus de 125 000 membres.

    De plus, six organisations autofinancées fournissent assurances, retraites, soins de santé et crèches pour les membres de la SEWA. La plus grande est la Coopérative de santé Lok Swasthya SEWA, qui compte 155 travailleuses membres et s'occupe de 74 695 membres indépendants et de leurs familles.

    La SEWA se concentre sur le renforcement des capacités et la formation de ses membres, et elle a fondé la SEWA Academy, où 20 000 femmes participent chaque année à des programmes d'éducation dédiés à l'alphabétisation, la formation, la recherche et la communication.

    Ce mouvement fonctionne démocratiquement. Chaque coopérative ou groupe d'entraide élit son propre organe gouvernant parmi les travailleuses, et 500 d'entre elles sont élues comme représentantes, ou pratinidhis, et se réunissent tous les mois en petits groupes pour partager leurs idées et expériences.

    Se lancer dans l'exportation

    Pour fournir à ses membres l'accès aux marchés nationaux et mondiaux, et pour assurer leur stabilité à long terme, la SEWA a créé le Centre de facilitation commerciale en mars 2000. Dans le cadre de ce modèle commercial unique, la majorité des participantes sont les artisanes elles-mêmes.

    Ce projet a rencontré un succès retentissant. Au cours des 18 premiers mois de son existence, les ventes annuelles du STFC ont augmenté de 62% et les exportations de 311% par rapport à l'année précédente. En mai 2003, la SEWA a décidé d'enregistrer le centre comme société indépendante, pour lui permettre de croître plus vite encore.

    Au départ, le STFC a identifié les problèmes potentiels liés à l'exportation parmi les productrices, dont le manque d'expérience dans la production et la commercialisation, une base de production irrégulière, des contrôles de qualité inadéquats, aucune capacité propre de conception et des canaux de distribution insuffisants.

    Pour augmenter le commerce national et international, le STFC nécessitait des études de marché et d'améliorer la communication entre les microentreprises et leur fédération. À cette fin, il travaille sans cesse au renforcement des capacités et au développement de produits.

    Il a également aiguisé le système de production en introduisant des centres de production communs, le contrôle de la qualité, la rationalisation des coûts et le développement de la distribution. Il s'est concentré sur la création de marques, en intégrant les aspects sociaux et commerciaux dans sa planification.

    Le centre a fait des efforts soutenus en vue d'exploiter les marchés nationaux avant de s'étendre à l'étranger. Les artisans de Banaskantha et de Lutch ont exposé et vendu leurs articles textiles à Paris et dans trois autres villes françaises durant la première manifestation internationale de la SEWA, et le commerce international est en augmentation. Actuellement, les ventes au consommateur s'élèvent à 71% des ventes totales, et les ventes aux grossistes représentent les 29% restants.

    La technologie pour répondre aux besoins commerciaux

    Vinayak Ghatate, Consultant de la Banque mondiale, a expliqué comment le STFC réussit à gérer toute l'activité avec les microentreprises grâce aux technologies de l'information et de la communication (TIC). «Il recourt au commerce électronique comme outil de commercialisation pour exploiter les places de marché virtuelles et pour exposer ses produits sur des sites internet, explique-t-il. Les technologies modernes permettent aussi à cette organisation de s'adapter plus rapidement à l'évolution des tendances et de gérer ses stocks plus efficacement.»

    La SEWA se sert de la technologie pour ancrer le processu d'intégration: c'est un moyen pour dispenser l'éducation et la formation commerciale, faciliter le réseautage et améliorer la gestion de la qualité et l'efficience de la production.

    Le STFC développe un logiciel de formation et d'information dans les langues locales, dans le dessein de diminuer l'analphabétisme et de renforcer les capacités. Il a conçu un logiciel adapté aux microentreprises des femmes pauvres et analphabètes, par exemple pour des activités de broderie exécutées dans les villages, ainsi qu'un logiciel de gestion d'une laiterie, destiné aux coopératives laitières locales, pour tester la consistance du lait et éliminer la fraude.

    La SEWA se sert aussi de moyens audiovisuels, en vue de la formation et du renforcement des capacités, et des conseils orientation. Elle peut ainsi organiser des réunions et des séances de prospection d'idées grâce à la possibilité de conférences électroniques par satellite.

    L'unité des TIC de la SEWA emploie des technologies avancées pour aider ses membres et leurs communautés dans les zones à risque de tremblement de terre en installant des centres de communication dotés de connexions internet et de courrier électronique, et de téléphones utilisant le réseau satellite VSAT (very small aperture terminal).

    Des réseaux à différents niveaux

    Les réseaux jouent un rôle important dans le développement de la SEWA. En Inde, cela se passe entre les membres de différents États. Dans le Sud-Est asiatique, les réseaux se forment par le biais de l'Association du Sud-Est asiatique pour la coopération régionale, créant des alliances avec d'autres organisations régionales et instaurant le Centre de facilitation commerciale SEWA pour l'Asie du Sud. Enfin, au niveau mondial, le réseautage des mouvements liés à la SEWA sont en train de se développer en Turquie et au Yémen. Par l'intermédiaire des ateliers de la Banque mondiale «Voices of the Poor», elle a fondé le Centre mondial de facilitation commerciale (voir encadré).

    Modèle pour le succès

    Ela R. Bhatt, la fondatrice de la SEWA, attribue la réussite de ce mouvement à son approche concrète, puisque son travail a évolué suivant les besoins déterminés avec les membres au jour le jour.

    La SEWA aide les femmes à gérer leur vie, ce qui augmente leur confiance en elles-mêmes et leur indépendance financière. Avec la création d'une entité financière, le STFC réussit à assurer l'emploi de travailleuses marginalisées: ce concept est valable pour la réduction de la pauvreté partout dans le monde.



    Compagnie: Self-Employed Women's Association (SEWA)


    Secteur: transformation, artisanat, services

    Lieu: Inde

    Membres: plus 420 300 au niveau de la base (Gujarat, 284 317; Madhya Pradesh, 107 620; Uttar Pradesh, 25 800; Bihar, 1600; Kerala, 719; Delhi, 252)

    Marchés d'exportation prospectés: Allemagne, Australie, Belgique, Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni

    Site internet:http://www.sewa.org





    Réseau commercial de base pour les femmes

    Le secteur informel n'a aucun moyen de se faire entendre des responsables ou organisations œuvrant au développement du commerce. Un réseau commercial mondial de base destiné aux femmes pourrait aider à résoudre ce problème.

    Le Centre mondial de facilitation commerciale a été inauguré officiellement à Londres en juin 2003. Sa fondatrice, Reena Nanavaty, est Présidente du STFC et Directrice responsable du développement économique et de la planification rurale à la SEWA. «Cette association commerciale multinationale est conçue dans le but de renforcer, soutenir et étendre les débouchés pour les organismes populaires de producteurs, au niveau du secteur informel, avec une attention particulière accordée aux femmes, explique-t-elle. Nous espérons que cette association va devenir une source pour les producteurs de la base du monde entier et qu'elle aidera les acteurs du secteur informel des pays les moins développés à se positionner sur les marchés mondiaux.»


    Pour plus d'information, veuillez contacter Reema Nanavaty (bdms@icenet.net).

    Mary Treacy, Conseillère de rédaction pour cette édition de Forum du commerce, est Consultante en communication; elle a travaillé avec des associations commerciales coopératives pendant 18 ans.


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