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    Développement du commerce: Impliquer la communauté des affaires

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 2/2003

    L'accès aux marchés et un système commercial multilatéral fondé sur des règles sont les conditions nécessaires pour la croissance du commerce. Mais ils ne génèrent pas le commerce à eux seuls. Aidons donc le secteur privé à jouer un rôle actif dans le développement du commerce.

    Lors de la réunion du Conseil général de l'OMC, en mai, MM. Panitchpakdi, Wolfensohn et Köhler ont tous trois souligné l'importance d'élargir l'accès aux marchés et de renforcer les règles du système  commercial en vue de parvenir à la stabilité financière, à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté. Personne ne doute de la validité de ces opinions irréfutables.

    Même si l'accès aux marchés et un système commercial multilatéral fondé sur des règles sont les conditions nécessaires pour la croissance du commerce, à eux seuls ils ne génèrent aucune activité commerciale. Cela, c'est le rôle des négociants. Mes questions sont donc simples. Sommes-nous assez conscients de cela? Avons-nous un dialogue franc et ouvert avec la communauté des affaires? Faisons-nous les justes efforts pour mettre en valeur son dynamisme et sa créativité dans le contexte du développement?

    Les hommes d'affaires du Sud, tout comme leurs homologues du Nord, doivent jouer un rôle plus central dans la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Cela dit, dans certains pays le secteur économique en est à ses débuts et les entreprises manquent souvent d'expérience en matière de commerce extérieur. Ne devrions-nous pas les aider à devenir plus rapidement les acteurs de développement économique qu'ils devraient être? être plus attentifs à leurs requêtes concernant les infrastructures physiques et institutionnelles? Leur apporter plus d'assistance technique selon leurs nécessités spécifiques?

    Au CCI, nous nous entretenons quotidiennement avec des représentants du secteur privé des pays en développement et en transition. Ils demandent instamment de l'aide pour accéder à l'information sur les marchés, se former sur la gestion de la qualité et comprendre les règles de l'OMC; ils demandent conseil sur le développement et l'adaptation de produits; ils recherchent des services d'appui au commerce de toutes sortes. Les organisations de développement, multilatérales ou bilatérales, en font-elles assez pour les aider à jouer le rôle actif qui est le leur? Leurs gouvernements leur donnent-ils la place dont ils ont besoin pour apporter leur contribution?

    Des opinions diverses

    À Copenhague, trois personnes éminemment qualifiées, persuadées du rôle du commerce dans le développement, se sont exprimées. M. Sok Siphana, Secrétaire d'État au commerce du Cambodge, a su utiliser le Cadre intégré pour l'assistance technique liée au commerce en faveur des pays les moins avancés, dans le dessein de contribuer efficacement au développement du Cambodge. En effet, ce pays se porte si bien que certains dirigeants de PMA lui ont demandé de leur expliquer comment utiliser le Cadre intégré.

    Mme Rita Mlaki, Vice-Ministre de l'industrie et du commerce de la République-Unie de Tanzanie, s'est distinguée en ce qui concerne la contribution du secteur privé au développement économique de son pays. La Tanzanie encourage vivement le dialogue entre les secteurs public et privé, par l'entremise du Conseil tanzanien du commerce et du Comité technique interinstitutionnel sur l'OMC. Mme Mlaki appuie activement le développement intégré du commerce, notamment avec le JITAP et le Cadre intégré, qui traitent directement du renforcement des capacités relatives au système commercial multilatéral et de promouvoir le développement du commerce. En sa capacité d'agence fondatrice des deux programmes, le CCI collabore avec les exportateurs tanzaniens pour élaborer des stratégies de développement des produits et des marchés et les familiariser avec la défense de leurs intérêts. Nous espérons que ces approches feront avancer les choses pour que le commerce soulage les plus pauvres.

    Mme Emmy Simmons, Administratrice assistante de l'Agence américaine de développement international (USAID), est également fermement convaincue que le commerce est un instrument de développement. USAID possède une longue expérience du développement dans le secteur privé et, plus récemment, a montré son intérêt pour l'assistance technique liée au commerce. C'est le cas aussi d'un nombre croissant d'agences bilatérales de développement. Le CCI travaille avec plusieurs d'entre elles de manière concrète et ciblée. USAID est consciente de l'importance d'accorder au monde en développement un meilleur accès à l'information sur les marchés. Dans ce dessein, elle s'est associée au CCI pour apporter à 70 pays en développement et en transition la formation nécessaire et l'accès à l'internet, notamment au site du CCI TradeMaps. Celui-ci propose des données sur les exportations, les importations et l'accès aux marchés pour le développement des transactions internationales et représente un outil important pour aider les exportateurs et les négociateurs commerciaux.


    J. Denis Bélisle est Directeur exécutif du CCI.





    Points de vue recueillis lors de la Rencontre de haut niveau sur le commerce et le développement

    Ces points de vue sont tirés des présentations faites lors du panel «Accéder aux débouchés commerciaux: collaborer avec le secteur des affaires», présidé par J. Denis Bélisle, Directeur exécutif du CCI, dans le cadre de la Rencontre de haut niveau sur le commerce et le développement «Pour que le commerce travaille en faveur des pauvres», tenue à Copenhague en mai 2003.













    Point de vue
    Cambodge



    Par Sok Siphana

    La recette appliquée par le Cambodge pour associer les entreprises à l'élaboration de sa politique commerciale est exemplaire; elle pourrait amener ce pays à devenir le premier PMA membre de l'OMC.

    Le secteur privé doit travailler en collaboration très étroite avec les pouvoirs publics pour garantir que la politique nationale est propice au développement de ce secteur. La participation au débat de fond devrait être abordée d'une manière globale et cohérente, de la formulation de la politique jusqu'à sa mise en œuvre. Les besoins du secteur privé ne seront satisfaits que s'ils sont pris en compte sur tous les fronts, du débat sur les grandes orientations au plus haut niveau avec les principaux décideurs de l'État jusqu'au travail avec les fonctionnaires. Les réseaux d'appui aux entreprises devraient être utilisés au maximum pour mobiliser la masse critique nécessaire et capter l'attention des autorités.

    Le Cambodge est un bon exemple de pays où ce type de processus s'est intégré dans le fonctionnement au jour le jour de l'administration. Des réunions semestrielles de haut niveau avec le Premier Ministre aux consultations mensuelles au sein de groupes de travail ministériels, en passant par sa contribution active au processus législatif et au suivi de la performance des fonctionnaires, le secteur privé s'est fait connaître et respecter.

    Les résultats sont impressionnants. Pour n'en citer que quelques-uns: rapide progression des réformes juridiques et économiques, d'où une baisse substantielle des coûts de transactions associés aux politiques; participation du secteur privé dans le domaine de l'infra-structure - production d'énergie, transport routier, télécommunications; mobilisation des ressources à l'échelon provincial et national, et soutien dynamique à l'adhésion du pays à l'OMC, ce qui a permis au Cambodge de devenir le premier PMA à accéder à l'OMC.

    Sok Siphana est Secrétaire d'État au commerce du Cambodge.












    Point de vue
    Tanzanie



    Par Rita Mlaki

    Le monde doit œuvrer dans un esprit de bonne volonté en faveur d'un changement positif pour que les PMA puissent bénéficier d'avantages concurrentiels dans les échanges commerciaux en vue d'une économie mondiale viable.

    Les PMA restent tributaires de l'avantage comparatif et n'ont toujours pas d'avantage en matière de concurrence. Le renforcement du secteur privé est crucial pour que les activités économiques passent de l'ère de l'avantage comparatif à celle de l'avantage concurrentiel. Pour faire évoluer les choses, il nous faut éliminer les obstacles en augmentant le volume des transferts de capitaux et en renforçant au sein des PMA les moyens de développer le secteur privé. Il faudrait aussi accorder un accès aux marchés accru sur la base de préférences commerciales, comme cela a été fait dans le cadre de «Tout sauf les armes» (EBA), de la Loi américaine sur la croissance et les possibilités économiques de l'Afrique (AGOA) et d'initiatives japonaise et canadienne.


    Rita Mlaki est Vice-Ministre de l'industrie et du commerce de la République-Unie de Tanzanie.












    Point de vue
    États-Unis



    Par Emmy Simmons

    Pour USAID, l'aide visant à améliorer la compétitivité des économies représente presque 90% des quelque US$ 500 millions déboursés chaque année pour renforcer les capacités commerciales dans le monde entier. Tel est son engagement dans le cadre du Programme de Doha pour le développement.

    Les études sur la bureaucratie sont souvent le point de départ de l'examen tant des obstacles au commerce que du climat général dans lequel évoluent les entreprises.  Nous envisageaons trois grands axes pour stimuler la croissance des exportations.

    • Établir des normes ou certifications fondées sur les marchés. Nous travaillons avec des partenaires du secteur privé et avec les pouvoirs publics pour faire en sorte que les producteurs pauvres comprennent les normes appliquées sur les marchés. Nous aidons par exemple les agriculteurs à appliquer les normes de qualité et de sécurité alimentaires pour répondre aux exigences des gros acheteurs des chaînes internationales de supermarchés. Autre exemple: nous travaillons avec l'Alliance pour l'exploitation durable des produits forestiers ainsi qu'avec des organisations non gouvernementales telles que le WWF, afin d'aider les pays en développement à exporter des articles fabriqués avec des produits de la forêt certifiés «écologiques», pour satisfaire les consommateurs soucieux de l'environnement.



    • Diversifier les exportations. La diversification des exportations nécessite l'innovation, le capital-risque et la connaissance des débouchés potentiels. Les TradeMaps du CCI se sont révélées être un outil utile pour aider les exportateurs à diversifier leurs marchés.



    • Se spécialiser dans des marchés de plus grande valeur. Les producteurs de vin ont su tirer parti des règles relatives aux appellations pour créer une identité unique pour leurs produits sur les marchés mondiaux. Les producteurs de café commencent à comprendre l'importance de la spécialisation. Nous explorons les possibilités des pays en développement voisins, notamment le développement du commerce Sud-Sud, pour stimuler la croissance.



    Le rôle des gouvernements

    Les orientations suivies par les pouvoirs publics ont une grande incidence sur la capacité de réussite du secteur privé. La législation sur les contrats, la bonne gouvernance et l'investissement public dans l'infrastructure sont cruciaux pour assurer la compétitivité du secteur privé. La manière dont les pays saisissent les possibilités offertes sur les marchés mondiaux dépend, en dernière analyse, des décisions des chefs d'entreprises et des investisseurs. Les flux de capitaux privés sont bien plus importants que l'aide publique au développement, qui peut néanmoins jouer un rôle en associant les intérêts et les moyens du secteur public et du secteur privé à l'expansion des échanges. USAID a la ferme intention de jouer un rôle en la matière.



    Emmy Simmons est Administratrice adjointe d'USAID.



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