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    Cameroun: une association commerciale de femmes encourage les exportatrices

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2003 

    Une interview de Gisèle Yitamben, ASAFE
     

    Au Cameroun, l'ASAFE, une organisation de femmes entrepreneurs, aide les femmes d'affaires à surmonter leur vulnérabilité économique et sociale en leur offrant une formation commerciale, en établissant des liens avec d'autres réseaux et en concevant des stratégies d'exportation pour ses membres.

    Gisèle Yitamben, fondatrice de l'ASAFE, s'est aperçue que les femmes d'affaires connaissaient des problèmes spécifiques quand, dans les années 80, elle travaillait comme formatrice pour le compte de l'Institut panafricain pour le développement.
     

    Des obstacles propres aux femmes

    Bien qu'elles travaillaient très dur, les femmes ne parvenaient pas à se hisser au-delà du niveau de subsistance. Il n'existait aucun organisme pour aider les femmes chefs d'entreprise. Les institutions d'appui au commerce favorisaient plutôt les entreprises plus grandes, appartenant à des hommes, consacrées aux cultures de rente habituellement tenues par ces derniers. En outre, la loi permettait aux hommes d'empêcher les activités des femmes s'ils estimaient qu'elles perturbaient la vie familiale.
     

    «Aujourd'hui encore, les femmes possèdent ou gèrent très peu d'entreprises orientées vers l'exportation, déclareMme Yitamben. Parmi les 5000 membres de l'association, 120 exportent actuellement, et seulement la moitié hors d'Afrique.» Les principaux obstacles que rencontrent les femmes d'affaires sont: «trop peu d'importance accordée aux entreprises de femmes; trop peu de main-d'œuvre qualifiée; des programmes commerciaux inadaptés aux besoins des femmes entrepreneurs; l'insuffisance des échanges Nord-Sud et Sud-Sud; l'accès inégal aux marchés.»
     

    Affronter les difficultés

    «Les associations comme l'ASAFE peuvent venir en aide aux femmes pour faire face aux difficultés à étendre leurs activités et à conquérir les marchés d'exportation», déclare Mme Yitamben. Elles peuvent notamment:
     

    • partager les sources d'accès aux technologies: mettre en commun les ressources par le biais d'associations est une façon d'améliorer la connectivité et de surmonter le manque d'ordinateurs personnels;

       
    • dispenser éducation et formation pour aider les femmes à s'engager dans de nouvelles activités professionnelles et pour améliorer les pratiques commerciales existantes;

       
    • procéder à des études de marché et diffuser de l'information pour faciliter les exportations, et

       
    • agir comme catalyseur pour le développement en mettant les membres en contact avec d'autres associations des femmes, en les aidant à s'intégrer à des réseaux et en les représentant aux niveaux local, national, régional et international.

       


    Se lancer dans l'exportation
     

    «Les exportatrices doivent développer de nouveaux produits, explique Mme Yitamben, exporter plus et rechercher les possibilités de créer de nouvelles entreprises dans le pays.» Elle suggère des mesures pour appuyer les femmes qui exportent: «consolider les programmes de formation, créer des réseaux d'exportatrices sur le plan continental, développer des projets pour atteindre les femmes des zones rurales isolées et mettre sur pied des centres où les ressources sont mises en commun.»
     

    L'ASAFE offre à ses membres de l'information sur les marchés collectée sur l'internet et auprès des chambres de commerce. Elle est en train de développer un portail internet pour présenter les produits de ses membres.
     

    La technologie pour ouvrir des débouchés
     

    Les technologies de l'information et de la communication (TIC) peuvent également servir à d'autres fins. Elles permettent les contacts avec d'autres réseaux d'affaires, l'accès à l'information et sont une fenêtre sur le monde. L'usage de l'internet peut aussi flexibiliser la gestion du temps pour les femmes, qui sont souvent préssées par leurs multiples responsabilités sociales et contraintes horaires. Pour les membres qui peuvent acquérir leur propre équipement, l'ASAFE propose un centre d'accès à l'internet où les ressources peuvent être regroupées.
     

    Renforcer les compétences commerciales
     

    Outre l'accès à des ordinateurs et à l'internet, l'ASAFE offre la formation pour s'en servir. Elle propose également à ses membres les services de spécialistes gouvernementaux pour la formation et le conseil, ou encore pour des conférences sur les questions cruciales de compétitivité commerciale telles que le contrôle de la qualité.
     

    De plus, l'association gère un centre de formation pour les jeunes, dont 45% des étudiants sont des hommes et 55% des femmes. Ce centre offre toutes sortes de possibilités pour compléter ses compétences, notamment par le moyen de cours par internet. Elle contrôle les immatriculations des étudiants afin d'assurer une majorité de femmes, lesquelles ne paient que la moitié des frais d'inscription. «Sans ces mesures, explique Mme Yitamben, la plupart des étudiants du programme seraient des hommes.»
     

    Le réseautage pour réussir
     

    Mme Yitamben soutient également que les organisations qui appuient les femmes doivent nouer des liens avec d'autres réseaux commerciaux importants ou spécifiques aux femmes. Le développement de réseaux est essentiel, car ils représentent des débouchés à l'exportation en créant des contacts et partenariats mutuellement bénéfiques.
     

    En 1992, elle a chapeauté une mission commerciale Sud-Sud en Inde, financée par la Banque mondiale. «Nous avons étudié des organisations similaires et des solutions novatrices, telles que l'expérience de la SEWA (voir pages 6-7) que nous considérons comme un modèle de développement qu'il faudrait reproduire au Cameroun.»
     

    Les associations, garanties de réussite

    Travailler en partenariat
     

    L'ASAFE travaille avec d'autres organisations de soutien aux femmes au Bénin et en République démocratique du Congo, ainsi qu'avec la Fédération africaine des femmes entrepreneurs. Elle collabore également
    avec le CCI, principalement en ce qui concerne la formation et la création de réseaux d'information. Elle adapte les modules de formation du CCI sur la gestion d'entreprise et l'exportation de services (voir pages 18-19), en anglais et en français, pour refléter les conditions du Cameroun.
     

    Recherche de soutien international
     

    Mme Yitamben est convaincue que la communauté internationale pourrait accélérer le développement en Afrique en travaillant avec les associations commerciales de femmes. Jusqu'à présent, elle a appuyé de petits projets pour des femmes indépendantes et de microcrédit pour des femmes pauvres. «Mais pour les femmes issues des secteurs les plus démunis, il n'existe presque pas d'aide. J'aimerais voir beaucoup d'organisations internationales appuyer les associations d'aide aux femmes. Elles peuvent contribuer à réduire la pauvreté et à soutenir le développement beaucoup plus efficacement si elles collaborent avec les femmes, souligne-t-elle, car les femmes sont sérieuses et elles remboursent les prêts.»
     

    «Je souhaiterais aussi la création d'un programme du CCI entièrement consacré aux femmes entrepreneurs, et de plus fortes sommes dédiées aux programmes d'appui aux femmes de la part de la Banque mondiale. Actuellement, les Nations Unies et ses agences n'investissent que dans des microprojets, ajoute Mme Yitamben, alors que ce qu'il faut, c'est plus d'investissement et des services d'appui plus structurés.
     



    Organisation: Association pour le soutien et l'appui à la femme entrepreneur (ASAFE)


    Location: Douala, Cameroun
     

    Membres: 5000 femmes indépendantes, dont 120 propriétaires de leur entreprise
     

    Employés: 15 collaboratrices payées, dont la fondatrice, 2 coordinatrices, 4 formatrices et 8 animatrices de planning familial
     

    Site internet:http://www.asafe.org
     

    Conseil à d'autres femmes entrepreneurs: «Essayer de travailler ensemble; cela ne se produit pas assez souvent. Il y a beaucoup à gagner à avoir un correspondant dans un pays où l'on désire exporter. Ainsi, des femmes de la République démocratique du Congo ont des contacts ou des partenaires au Cameroun, et vice-versa. Les réseaux interentreprises sont très importants. Former un réseau entre petits exportateurs devrait être une priorité pour les associations de femmes d'affaires de cette région.»
     





    Qui sont les membres de l'ASAFE?



    Mme Yitamben a fondé l'ASAFE en 1987. Actuellement, 90% de ses membres sont de petites entreprises gérées par des femmes, qui se consacrent à diverses activités telles que les textiles, la transformation d'aliments (comme le fumage du poisson), le commerce de détail et l'industrie des services (coiffure, couture, etc.). La plupart des membres sont indépendants ou possèdent une petite entreprise employant cinq à dix personnes. La grande majorité (70%) viennent des zones urbaines et les 30% restants de régions rurales.
     

    La plupart des membres de l'ASAFE, surtout ceux de la tranche d'âges de 20 à 40 ans, ont fini l'école primaire; et nombreux sont ceux qui ont
    suivi une partie de l'enseignement secondaire, certains possédant même une formation universitaire.
     

    Financement
     

    Les membres de l'ASAFE paient une cotisation annuelle selon la taille de leur entreprise. Toutefois, l'association ne s'autofinance pas entièrement, car certains membres ne peuvent pas payer beaucoup pour ses services. Une partie du financement provient de sources extérieures telles que le Gouvernement du Japon et certaines organisations non gouvernementales (ONG) suisses (Action de carême et Pain pour le prochain). Plusieurs fondations et Eglises des États-Unis participent aussi et de l'aide a été apportée par l'Agence canadienne de développement international et par des ONG internationales.
     


     

    Mary Treacy, Conseillère de rédaction pour Forum du commerce, a mené cette interview.
     

    Pour plus d'information sur ASAFE, veuillez contacter Gisèle Yitamben (gisele.yitamben@asafe.org).
     


     

     
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