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    Aider les petites entreprises à s'intégrer à l'économie basée sur la connaissance

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2000

    Lors de la session de la CNUCED X, tenue à Bangkok en février 2000, les dirigeants des organisations internationales ont présenté leur point de vue sur les défis de la mondialisation pour les pays en développement et comment leur organisation allait les relever. Voici celui du CCI, tel que l'a émis J. Denis Bélisle, Directeur exécutif, à cette occasion.

    Q. Quels sont les défis que la mondialisation pose aux pays en développement dans le cadre d'une économie basée sur la connaissance?

    R. Dans les pays en développement, la mondialisation entraîne des défis tant pour les personnes que pour les entreprises et les gouvernements. L'un d'eux est la libéralisation des échanges, ainsi que son corollaire: la concurrence au niveau mondial. Les implications de tels défis pour les pays en développement, qui peinent encore à s'intégrer à l'économie mondiale, sont bien plus difficiles à gérer que pour les pays industrialisés. Néanmoins, pour les populations, les gains potentiels sont si grands que les pays en développement ne devraient pas hésiter à emprunter cette voie. Pour ce faire, ils devraient pouvoir compter avec un soutien international vigoureux.

    Faire son entrée sur la scène internationale signifie acheter les biens et services dont on a besoin chez les producteurs qui offrent le meilleur prix et la meilleure qualité, et vendre les biens et services nationaux à tous, sans qu'il existe aucune barrière. C'est plus facile à dire qu'à faire. Mettre sur pied un système commercial multilatéral selon certaines règles et éliminer les barrières douanières sont deux étapes essentielles.

    Les embûches

    Il est nécessaire d'agir énergiquement dans le dessein d'intégrer les pays en développement à l'économie mondiale. Quatre obstacles font néanmoins barrage:

    • les contraintes de l'offre, qui gênent la capacité productive;

    • le manque de compétitivité, c'est-à-dire ne pas posséder les produits et le savoir-faire nécessaires pour être concurrentiel sur les marchés d'exportation;

    • le manque de connaissances des règles de l'exportation, qui empêche de saisir les occasions et d'éviter les pièges;

    • l'absence de stratégie nationale d'exportation, qui représente un frein au moteur de l'exportation.

    Les contraintes de l'offre. Elles représentent peut-être les embûches les plus difficiles à éliminer. La production de biens d'exportation requiert des moyens financiers et techniques peu accessibles dans les pays en développement, moins encore au sein de l'économie mondiale fondée sur la connaissance vers laquelle nous nous dirigeons.

    L'investissement et la technologie, cruciaux pour les installations, l'équipement et l'infra-structure, sont partout très recherchés. Tous les pays, industrialisés ou non, se battent pour séduire le capital privé et la technologie. Ils se mesurent par rapport à des conditions bien connues, telles qu'un environnement stable, prévisible et transparent, qui possède notamment un système économique propice au marché. Je n'ai jamais entendu parler de solutions magiques et instantanées. Il s'agit plutôt de dédier une attention soutenue à la création d'un environnement favorable au commerce, d'une position dominante, de faire preuve de prévoyance et de laisser jouer le temps en sa faveur.

    Le manque de compétitivité. La compétitivité, tant au niveau du pays que des entreprises, est essentielle pour réussir à exporter. Ici aussi, les exportateurs des pays industrialisés ont de nombreux avantages sur les autres. Les derniers progrès techniques, de meilleures méthodes de production et de contrôle de la qualité, une commercialisation plus sophistiquée, de meilleures techniques d'emballage, un financement à l'exportation concurrentiel et d'autres facilités encore sont facilement accessibles à Chicago, Oslo et Tokyo; tel n'est pas le cas à Bamako. Les sociétés exportatrices des pays en développement nécessitent un meilleur accès aux services d'appui à l'exportation afin d'améliorer leur compétitivité.

    Le manque de connaissances des règles de l'exportation. Personne ne peut prétendre entrer dans le jeu sans en connaître les règles. Pour les importateurs et les exportateurs, les règles sont celles du système du commerce multilatéral. Cette série de règles, nombreuses et relativement complexes, doit être comprise par tous les acteurs si l'on veut formuler une stratégie nationale d'exportation efficace et si chaque exportateur prétend placer ses produits sur les marchés étrangers. Pour nombre de pays en développement, où il existe bien moins de spécialistes de ces règles commerciales, cela représente un effort considérable.

    L'absence de stratégie nationale d'exportation. Enfin, pour développer des exportations compétitives, affiner le savoir-faire en la matière et pénétrer les marchés étrangers, il est nécessaire de se doter de stratégies nationales d'exportation à une large échelle, bénéficiant des efforts communs tant du secteur privé que public. C'est ce que j'entends par moteur de l'exportation.

    L'élimination de tels obstacles est une tâche d'envergure. Il faut s'y consacrer pour parvenir à diminuer la pauvreté, qui est la dimension humaine de la libéralisation du commerce.

    Q. Comment le CCI fait-il face à ces défis?

    R. Je viens d'énoncer quatre points qui représentent des défis spécifiques aux pays en développement, alors que leurs entreprises sont en train de s'intégrer à l'économie mondiale: les contraintes de l'offre, la compétitivité, la connaissance des règles de l'exportation et les stratégies nationales d'exportation. Il est de l'intérêt de tous d'aider les pays en développement et leur population à s'intégrer avec succès dans l'économie mondiale, et le CCI possède des réponses appropriées dans le dessein de participer à cet effort.

    Les contraintes de l'offre

    S'adapter ou diversifier les produits. Le CCI soutient les PME (petites et moyennes entreprises) dans l'adaptation ou la diversification de leur production et l'amélioration de leur gestion des exportations. Il aide les entreprises à se hisser le long de la chaîne de l'approvisionnement et de l'échelle de la valeur ajoutée en les conseillant sur la façon d'adapter leurs produits ou services aux préférences des clients et de découvrir de nouvelles applications pour les biens et services traditionnellement offerts.

    Tirer parti de l'internet. Le CCI s'attache toujours plus à aider les exportateurs et les importateurs à utiliser les technologies de l'information pour les transactions d'entrepreneur à consommateur et d'entrepreneur à entrepreneur, par le biais de l'internet.

    La compétitivité

    La formation. Voilà de nombreuses années que le CCI se consacre au développement d'une formation peu coûteuse pour les importateurs et les exportateurs. Il conseille également les exportateurs des pays en développement quant à la commercialisation et aux méthodes pour réunir et utiliser efficacement les informations commerciales.

    La recherche de partenaires. Le CCI a joué un rôle de catalyseur en rapprochant les acheteurs et les vendeurs et en stimulant le commerce interrégional Sud-Sud. Ainsi, lors de la CNUCED X par exemple, nous avons organisé une rencontre acheteurs-vendeurs du secteur pharmaceutique. À cette occasion se sont retrouvés 60 fabricants, exportateurs, importateurs, distributeurs ainsi que des agences gouvernementales d'achat en provenance de 13 pays asiatiques (voir Nouvelles du CCI, p. 36).

    La transparence. En mettant l'accent sur la transparence du marché, les 12 bulletins Service de nouvelles sur les marchés du CCI, hebdomadaires ou mensuels, fournissent les prix ainsi que d'autres indicateurs clés du marché pour huit produits de base - des renseignements sinon hors de portée des commerçants des pays en développement.

    L'évaluation comparative. Le CCI a élaboré des outils d'évaluation comparative faciles à utiliser pour les PME exportatrices, afin de mesurer leur niveau de compétitivité et de déterminer leurs faiblesses majeures. Notre Mesure de la compétitivité internationale sert par exemple aux exportateurs de pièces détachées de voitures dans 14 pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. L'Export Fitness Checker, lancé il a peu, est un instrument de diagnostic qui permet aux sociétés d'évaluer si elles sont prêtes pour exporter.

    Les partenariats locaux. Le CCI collabore étroitement avec des entreprises exportatrices et des associations sectorielles dans le dessein de développer des instruments que les consultants nationaux peuvent adapter à la réalité de chaque pays. Un tel processus contribue directement à l'élaboration de la capacité nationale, par le biais de conseils pratiques, adaptés et faciles à suivre, généralement plus accessibles aux exportateurs du Nord. Deux exemples illustrant ce processus sont les ouvrages Les Clefs de l'Exportation: Manuel pour les PME exportatrices et Comment approcher les banques (guide générique), qui sont actuellement adaptés aux réalités de 50 pays.

    Les règles de l'exportation

    Événements réels ou virtuels pour la formation et les réseaux. Dès 1996, le CCI a diffusé des informations sur les règles de l'OMC au sein de la communauté des affaires dans plus de 70 pays en développement et économies en transition dans le cadre d'environ 200 réunions de formation et de conférences virtuelles par internet. Nos guides, matériel de référence, sets de formation et études de cas sur les implications commerciales des règles de l'OMC ont servi aux experts du CCI et de l'OMC lors de ces événements. Le Cycle d'Uruguay: Guide à l'intention des entreprises, publié par le CCI conjointement avec le Secrétariat du Commonwealth, existe en huit langues (anglais, français, espagnol, arabe, chinois, russe, roumain et grec). Une version actualisée, le Guide à l'intention des entreprises: Le système commercial mondial et son complément, l'Accord général sur le commerce des services, sont en phase d'élaboration.

    L'an dernier, nous nous sommes attachés à la création de réseaux nationaux de formateurs et d'experts des règles de l'OMC au niveau académique, gouvernemental et entrepreneurial - dans 14 pays par le biais du programme World Tr@de Net, et dans sept pays africains grâce au JITAP en collaboration avec l'OMC et la CNUCED. En ce moment, nous coopérons avec le Réseau mondial d'enseignement à distance de l'Institut de la Banque mondiale, afin de renforcer la formation et les compétences concernant les réseaux nationaux.

    Les stratégies nationales d'exportation

    Forums sur le développement de stratégies. Le CCI travaille avec les acteurs économiques et des agences partenaires des pays en développement pour se mettre d'accord sur des stratégies nationales de développement à l'exportation efficaces, fondées sur une collaboration réelle et durable entre les secteurs public et privé. En octobre 1999, les représentants de 22 pays et de plusieurs organisations internationales, dont la CNUCED, l'OMC, la Banque mondiale, le Secrétariat du Commonwealth et l'OCDE, nous ont rejoints à Annecy, en France, pour débattre sur le sujet et partager leurs expériences les plus prometteuses (voir Forum No 4/1999). Une publication en relatant les conclusions sera bientôt disponible: The Need for a Strategic Response.

    Analyse des performances commerciales. Notre travail d'analyse des flux commerciaux donne une base pour identifier les produits dotés d'un potentiel d'exportation dont on peut tenir compte dans les décisions de stratégies d'exportation. Cette analyse, de même que des enquêtes sur l'offre et la demande, nous permet de déterminer quels sont les secteurs qui possèdent le meilleur potentiel pour les échanges Sud-Sud et de convoquer ainsi des réunions acheteurs-vendeurs pour tirer parti de tels débouchés. Les nouvelles tendances et les réussites dans les exportations des pays en développement, y compris les moins avancés, peuvent être repérées grâce aux outils qualitatifs d'analyse du CCI, qui comparent les performances commerciales nationales et sectorielles. Des réussites spécifiquement africaines ont été présentées lors de la CNUCED X.

    Telles sont quelques-unes parmi les nombreuses réponses que le CCI apporte aux défis de la mondialisation et de la libéralisation du commerce. Nos efforts visent le relèvement du niveau de vie en utilisant le dynamisme et la créativité des entreprises dédiées à l'exportation. Une croissance fondée sur une base élargie et sur l'exportation - menée par les PME ou liée à celles-ci ou aux microproducteurs - constitue un moteur pour l'emploi là où des postes de travail sont le plus nécessaires. C'est l'objectif principal du travail du CCI ainsi que notre contribution à la diminution de la pauvreté.

    Cet article est une adaptation des propos tenus par le Directeur exécutif du CCI, M. J. Denis Bélisle, lors de la session de la CNUCED X.



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